En passant

Le déguisement

10 novembre 2016

De toutes façons, j’aurais été ridicule. Il ne devrait y avoir aucuns regrets. Avoir l’air ridicule, surtout ce jour-là, doit être une des dernières choses que l’on ait envie.

Le ridicule peut tuer.

Pas d’une fin soudaine, une balle en plein cœur, BOUM, ça y est, t’es mort. Le ridicule rend bien plus ridicule que ça. Il nous laisse les poumons à l’air, suintant, sous les yeux ronds rigolards.

Même jolie, j’aurais été ridicule.

Le blanc n’aurait pas été assez rouge de toutes façons.

Je dis ça, en fait je n’en sais rien. Tu en penses quoi, toi ?

Je n’en sais rien et puis c’est trop tard. Ou alors en déguisement. A la Foir’Fouille, tu trouves de tout si t’es malin. Faudra penser à ça, à la prochaine soirée déguisée. Ou même au prochain Halloween. Si j’ai l’air ridicule, je pourrais toujours dire que c’était le but recherché. Tu m’y feras penser, dis ?

Un déguisement. Juste pour voir l’effet que ça fait d’en porter une. De me voir avec. De tourner avec. Toutes les filles tournent avec. Tu n’as jamais remarqué ? Comme des poupées de boîte à musique. La boîte s’ouvre, elles tournent. Elles enfilent la robe, elles tournent. Elles tournent sur la même musique. Inlassablement. Sans tournis. Devant leur glace. Dans leur boîte. Dans leur robe. Sur la musique. Seules. Dans leur boîte. Petite. A leur foutre des claques.

Un déguisement. Juste pour voir l’effet que ça fait. Avant de mourir y’a des choses comme ça, idiotes, auxquelles on pense. J’ai même commencé à faire une liste. Allez, vas-y, moque-toi… Te moqueras-tu toujours quand je serai morte ?

Aller aux îles Grenadines. Je ne sais même pas si c’est joli, je ne sais même pas exactement où elles se trouvent, mais le nom me fait rêver. Depuis toujours. depuis des lustres. Depuis trop longtemps. Comme quoi, tu vois, je dois avoir quelque part un coté sucré.

Savoir reconnaître un vin dès la première gorgée. Parler anglais couramment. Savoir jouer « La jeune fille et la mort » au piano. Parler aux morts. Faire taire les vivants. Marcher sur un nuage. Manger un oursin. Travailler avec Matthieu. Pierrette. Paul. Jacques. Pouvoir se venger. Pleurer d’avoir pu se venger. Écrire pour de vrai. Dire pour de vrai. Savoir dire non. Savoir dire merde. Savoir dire. Porter une robe de mariée juste pour voir.

Oh et puis une robe de mariée, ça coûte trop cher pour une seule journée d’utilisation. Ce n’est pas rentable. Ça coûte un bras. Non, ça coûte beaucoup plus qu’un bras. Ça coûte un cœur.

Une robe de mariée, si elle ne dure qu’un seule  jour, c’est que ça doit vouloir dire quelque chose. C’est que y’a anguille sous roche. T’achèterais, toi, une maison pour un jour ? Les trucs d’un jour, ce sont des trucs jetables. Comme les lentilles, les rasoirs, les lingettes. Le PQ. Une fois que tu t’en es servi une fois, c’est mort pour une deuxième.

Faudrait presque des robes de mariée jetables. Entre le déguisement pourri de chez Gifi qui te fait passer pour une mariée-salope et la traditionnelle robe de mariée-chantilly qui te fait passer pour celle qui croit encore au bonheur suprême.

Une robe de mariée jetable. Pas con l’idée. En pleine adéquation avec le concept du mariage.

Je crois que je tiens quelque chose.

Quitte à être ridicule.

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