En passant

QUIMPER ET POLITIQUES : LE SEXISME ORDINAIRE (ou quand des politiques dérapent sur Facebook…)

20 juin 2016

C’est l’histoire d’un journal local breton qui décide de faire une série d’articles ayant pour thème « Regards d’élues : le sexisme. ». L’affaire Baupin encore fraîche, l’affaire DSK a jamais gravé dans les mémoires, le Télégramme de Quimper a voulu en savoir plus et est allé interviewer les femmes politiques quimpéroises sur le sujet.

Un sujet qui me touche. En tant que femme, en tant que mère, en tant que fille. Le sexisme dans la vie professionnelle, dans la rue ou dans le salon n’est plus à prouver. Ce n’est plus un sujet à démontrer, mais un sujet à montrer tout court et à combattre surtout.

Le sexisme. Je rappelle la simple définition. « Attitude discriminatoire fondée sur le sexe. ».

Attitude discriminatoire qui peut aller du « simple » regard (trop) insistant à malheureusement bien pire. Attitude discriminatoire qui peut aller du simple « Espèce de salope ! » au bleu qui fait rougir les narines.

Du sexisme verbal au sexisme physique, un sujet qui me touche et que j’ai toujours défendu, encore tout récemment en soutenant la campagne de l’agence Buzzman.

Dans le Télégramme de Quimper, plusieurs élues ont donné leur point de vue. Claire Lévry-Gérard (UDI), Gaëlle Le Cam (gauche), Brigitte Le Cam (centre gauche), la socialiste Armelle Huruguen ou encore Isabelle Le Bal, première adjointe au maire de Quimper, Ludovic Jolivet. Chacune a raconté sa petite anecdote, les petites phrases entendues sur le fait d’être une femme et chacune a dit son agacement face à ces comportements outranciers.

Caroline Amiot Puis est venu le tour de Caroline Amiot, ex-conseillère municipale de la majorité en place, qui comme à son habitude, a dit les choses très ouvertement et très simplement. Oui, elle a subit des allusions sexistes lorsqu’elle était baignée dans le milieu politique quimpérois. Jusqu’ici me direz-vous, rien d’exceptionnel dans l’histoire.

Caroline est une jolie femme, et comme ses consœurs élues, Caroline a eu des remarques sexistes, (malheureusement) personne s’étonne.

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas Caroline Amiot, un petit récap rapide. Fin 2014, Caroline Amiot s’est vu retirer sans explication sa délégation aux événements, à l’animation et aux grandes causes nationales puis annonce quelques temps après, dans un bref communiqué, avoir été virée de la majorité municipale en regrettant « que le maire et sa 1ère adjointe ne (lui) l’annoncent pas “en face” ou du moins officiellement ». Histoire qui a fait couler beaucoup d’encre. Caroline tweete, Caroline facebooke, Caroline médiatise. Caroline ne se tait pas. Alors forcément, après tout ça, Caroline ne s’est pas fait que des amis. Mais en politique, comme ailleurs, cela n’est pas très étonnant. C’est bien connu, plus tu la fermes, moins tu déranges.

Et le doigt là où ça fait mal, ben les politiques, ils n’aiment pas trop ça (personne d’ailleurs). Quel que soit le sujet, l’autre a tort. Le politique ne cherche même pas, si L’AutreBord a dit « que », c’est que c’est forcément une connerie, c’est que c’est que forcément un con, et qu’il faut forcément le défoncer médiatiquement. C’est la base de la politique. Si tu as pigé ça, si tu as ça dans le sang, la politique, c’est pour toi. En général, celles et ceux qui ont des valeurs tout autre – les utopistes rêveurs – sont soit dégoûtés au bout de quelques mois (et j’en connais pas mal… tu te reconnais ?…), sont soit portés en dérision par la classe politique… et même par nous, citoyens. Comme quoi, personne n’est finaud.

Bref, voilà ce que le paysage politique me montre, m’apprend, me prouve depuis que je suis gamine. Se tirer dans les pattes, assister au concours du plus gros kiki (si encore…) ou de la formule choc. Combats de coqs… À ne pas s’étonner du symbole de notre Pays…

Seulement, il y a.

Seulement, il y a des sujets qui devraient à l’évidence rassembler. Juste pour nous prouver que le politique est un être humain. Que derrière l’élu(e) (sans capitale), il y a du sang, de l’émotion, de la peur, de la joie, des espérances, des veines, des allers et retours sanguins. Juste un petit peu.

Des sujets comme le terrorisme, comme la maltraitance des enfants, comme l’écologie.

Des sujets comme la condition de la femme, comme les violences faites aux femmes.

Des sujets comme le sexisme.

Là-dessus, il ne devrait même pas y avoir débat. Uniquement des unions pour des solutions. Juste des « comment faire ? » et non des « faut-il faire ? »

Que ce soit Pierre, Paul, Jacques ou Caroline qui parle.

facebookAlors quand je vois passer sur ma page Facebook, le post d’un homme politique quimpérois de la majorité en place avec, en partage, l’article du Télégramme de Quimper sur le regard de Caroline Amiot sur le sexisme, quand je vois sur ce post des commentaires d’autres politiques quimpérois de la majorité en place complètement déplacés, cela me met en colère. Très en colère même.

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Cela me met en colère de lire (de femmes et d’hommes) que les femmes qui se font insultées, qui subissent le sexisme dans leur quotidien ne sont que « de faibles femmes », cela me met en colère de lire que « si on est pro on ne passe pas par cela », cela me met en colère de lire que « si le fait d’être féministe, pouvait améliorer le sort des femmes, ça se saurait » que c’est « aux femmes d’être fortes, bien dans leur tête et dans leur peau… qu’on arrête avec ça. » Cela me met en colère de lire « aux femmes je propose ceci : cessez de subir, décidez car vous avez le choix d’accepter ou pas cette maltraitante verbale etc …. ». Cela me met en colère de lire “On récolte ce que l’on sème“, l’air de dire si certains hommes abusent des femmes, c’est que certaines femmes l’ont bien cherché. Et cela me met en colère de voir que ces commentaires sont likés par ce groupe de politiques quimpérois de la majorité en place.

Ceux qui me suivent régulièrement savent bien qu’il ne s’agit pas ici d’une histoire de parti. S’ils avaient été de gauche, du centre, du côté ou de l’arrière, cela m’aurait énervé de la même façon. Ces mots m’auraient mis en colère venant de n’importe qui. Si ça avait été le boulanger du coin, je n’aurais certainement pas fait de papier. Mais venant de personnes élues ou ayant un poste à responsabilité au sein d’une collectivité, en tant que citoyenne, je pense avoir le droit d’attendre autre chose.

Le post n’a pas été publié en statut « public » mais en statut « amis ». Mais faisant partie de ce que Facebook appelle « amis » bien que ne l’étant pas dans la vraie vie, je suis tombée dessus et sur les commentaires. Ne jamais prendre une conversation Facebook comme une conversation sur son canapé dans son salon… C’est bien mal connaître les réseaux sociaux…

Sans parler du commentaire qui insulte directement Madame Amiot (« une frustrée qui met en avant le féminisme… »), ces commentaires font donc passer la femme comme une coupable, en bref, c’est de sa faute si elle se fait emmerder. Si elle veut être tranquille, elle n’a tout simplement qu’à « être forte ».

maude-valletEt bien chers élu(e)s quimpérois, allez dire cela en face aux femmes battues par leur conjoint, aux femmes abusées par leur patron, aux femmes sifflées, insultées dans la rue ou dans le métro. Allez leur dire cela, devant elles, droit dans les yeux. Allez dire cela à une femme qui vient de se faire casser le nez, allez dire cela à une employée qui se prend une remarque déplacée tous les matins par son supérieur. Allez leur dire ça, que c’est juste à Elles d’être fortes. Allez dire cela à une jeune fille qui vient de se faire traiter de « sale pute », allez dire cela à Maude Vallet qui, lundi dernier, parce qu’elle est sortie de chez elle en short, s’est fait traiter de salope.

Quant à « connaître l’attitude des femmes si les hommes se présentaient en tenues plus que suggestives… »…, chère madame élue Quimpéroise, j’ai peur de ne pas bien saisir le sens de la question. Qu’est-ce que une tenue « plus que suggestive » ? Porter une mini-jupe ? Une paire de talon de 12 ? Un short ? Un décolleté ? À partir de combien de centimètre de jupe, le bonhomme a le droit de nous toucher les fesses, dites-moi ? Non, pardonnez-moi, je ne comprends pas la question. Et quand bien même la tenue serait –elle osée, « suggestive », quand bien même, cela donne-t-il le droit à quiconque d’avoir un comportement qui va à l’encontre des envies d’autrui ? Remarquez, me direz-vous, 27% des violeurs le pensent…  Et pour continuer dans votre logique, même si un homme se présentait en tenue plus que suggestive, en shorty ou en string léopard, voyez-vous chère madame, cela me perturbe beaucoup qu’il puisse vous venir à l’esprit de mettre en question la dignité des femmes envers lui. Peut-être que la vôtre aurait-elle à rougir mais, croyez-le bien, la mienne serait en tout point intacte.

Alors je n’ai plus qu’à espérer – dites-moi que je peux encore espérer quelque chose de vous les Politiques ?…  – plus qu’à espérer que ces mots ne sont le résultat que d’une jalousie sévère et aigrie. Le résultat d’une recherche du plus gros kiki. Laissez-moi espérer que ces mots auraient été différents si Caroline avait été laide, inintéressante et sans caractère. Si elle n’avait pas réussi à rebondir après Vous.

Mesdames et messieurs les politiques, chers élus quimpérois et de Navarre, voyez enfin plus loin que votre petite condition, que vos petites discussions stériles montées en mayonnaise. Tournez sept fois vos doigts au-dessus de votre clavier avant de commenter sur les réseaux. Des femmes et des hommes, de tous bords, de toutes histoires, des hommes et des femmes, comme moi, citoyens de votre Ville et du Monde Entier vous lisent et, comme moi, attendent et espèrent tellement, tellement plus de vous, que ces commentaires qui m’ont soulevés le cœur.

Mesdames et messieurs les politiques, chers élus quimpérois et de Navarre, encore une fois – encore une fois ! – vous me décevez.

 

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