Entre soi

PAS DE MOI SANS L’AUTRE, PAS DE L’AUTRE SANS MOI

1 juin 2016

En me lançant dans le théâtre d’improvisation, je m’attendais “juste” à apprendre les techniques de la scène, à appréhender cet espace, à apprendre le lâcher-prise, la gestion des (de mes) émotions, toussa toussa.

Je m’attendais “juste” à ça et ce “juste” posé là, entre guillemets, l’air de rien, était déjà un gros chantier.

Bizarrement, j’avais omis l’aspect humain de la chose. Enfin quand je dis ça, pas exactement. Si vous me lisez régulièrement, vous imaginez bien que je l’ai toujours en tête ce sacré truc humain, mais disons je l’avais à « un autre niveau ». De la scène vers le public. Du public vers la scène. Oui, j’imaginais très bien ce fil-là.

L’impro, en tous les cas tel que je l’apprends actuellement, m’a fait découvrir un autre fil. Celui de la scène vers la scène. Car c’est ici une histoire de groupe, une histoire de troupe. On n’est pas dans un one man show, dans le seul en scène. Nan. Là, on est dans le duo en scène, dans le trio en scène, dans le je-ne-sais-pas-combien en scène.

Et je me dis que tout ça, tout ce que je vis depuis des mois, aurait pu ne pas prendre, comme une mayonnaise avec des œufs trop froids, comme un caramel trop chauffé, comme un mojito trop sucré. J’aurais pu me retrouver dans un groupe avec un ingrédient en trop ou en moins, un groupe dans lequel je ne me sens pas bien. J’ai une capacité, un caractère à être à l’aise très facilement, à m’adapter très rapidement… encore faut-il que mon corps, mes sensations me permettent cette ouverture. Sinon, je me referme comme un cadenas.

Le jeu entre improvisateurs naît d’une véritable connexion. Un ego surdimensionné, une non-écoute, un oubli ou un déni de l’autre, une guerre de statut(s) et hop, c’est une impro qui est flinguée. On y passe tous un jour ou l’autre car l’inconscient nous rattrape souvent et joue avec nos états primaires. Des réflexions personnelles et collectives sur ces « flinguages » en live sont nécessaires pour pouvoir rebondir, le tout sans jugement, juste avec du constructif.

En me lançant dans le théâtre d’impro, je m’attendais juste à choper de la technique et à apprendre à gérer mes émotions. En solo, comme une grande. Face à moi-même.

Mais non.

L’impro ne fonctionne pas comme ça.

Pas de moi sans l’Autre. Pas de l’Autre sans moi.

Comme dans la vraie vie en quelque sorte, sauf que là, on ne peut pas changer de trottoir ou refuser l’appel. Le rendez-vous est donné, le rendez-vous doit être pris, la confrontation avec l’Autre – ce putain de miroir de ce moi-même caché, ce putain de révélateur – doit avoir lieu. Le public attend. Pas de mot d’excuse.

Ne jamais dire non. Règle n°1 du cours n°1 de l’impro. Accepter, toujours.

Accepter chacune des propositions de l’Autre. Et donc indirectement accepter l’Autre. Accepter que l’Autre entre dans son propre cercle, entièrement.

Exercice casse-gueule dans ce monde où on nous apprend (de plus en plus ?) à nous méfier, à s’ériger des barrières, à se protéger.

J’ai atterri dans un groupe où chacun, de par son histoire, de par son caractère, de par son état d’esprit, aurait pu dynamiter le jeu/Je. Je suis tombée dans un groupe qui a le souci du partage, où chacun encourage, où chacun booste, un groupe où chacun ne cesse de demander à l’Autre avant d’entrer en scène comment il se sent, où chacun repose la même question dès que l’Autre en ressort.

Pas de moi sans l’Autre. Pas de l’Autre sans moi.

En me lançant dans le théâtre d’impro, je m’attendais juste à choper de la technique et à apprendre à gérer mes émotions. En solo, comme une grande. Face à moi-même.

Jour après jour, oui, je chope de la technique, énormément. Mais concernant les/mes émotions, je me rends compte que j’arrive à les gérer uniquement en lâchant du lest. En m’ouvrant aux autres. En laissant les autres entrer dans mon cercle. En acceptant (enfin) que je n’arriverais pas à tout faire toute seule. Et de l’autre côté, je vois que je tends la main et que des mains s’agrippent à moi. Je vois que le partage de la scène se vit avant tout SUR la scène avant de se vivre avec le public.

J’aurais pu tomber dans un autre groupe, avec d’autres personnes. Je suis tombée avec eux, mes chers partenaires, mes chers professeurs. Ils sont et seront les premiers. C’est bien les premiers, quand ils sont associés à de bons souvenirs, on ne les oublie pas.

 

[Je ne vous oublie pas et vous donne rendez-vous pour la suite. #KissU.]

groupe-improvisation-quimper

 

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1 Comment

  • Reply Elle 3 juin 2016 at 23 h 16 min

    la complémentarité est une qualité entre deux personnes. C’est une raison pour laquelle le mariage trouve sa lumière

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