Entre soi

UNE GROSSE PARTOUZE À RÊVES

29 janvier 2015

On voit des centaines de sujets par an dans les magazines, des dizaines de reportages à la télé, on assiste à des tonnes de discussions avec les copines devant théières et madeleines au chocolat, et on en est toujours au même point : on ne sait pas trop. Et pourtant, il parait que c’est simple comme un coup de fil…

Mais c’est quoi au juste le bonheur ?

C’est de connaître l’amour ? C’est d’avoir des enfants ? C’est de ne pas en avoir ? C’est d’avoir assez de fric pour pouvoir partir en vacances deux fois par an ? C’est sentir le vent rouler dans ses cheveux ? C’est manger une crème brûlée chaude dehors, et à température dedans ? C’est peser 50 kilos en mesurant 1m68 ? C’est de faire l’amour tous les jours ? C’est nager nu en pleine mer ? C’est d’aller au travail en sifflotant ? C’est d’avoir l’air jeune ? C’est le mot doux d’une amie ? C’est juste respirer ? C’est de bronzer au soleil en buvant un jus d’orange pressé ? C’est se faire un bon barbecue avec une bande de pote ? C’est sentir la bonne odeur de la lessive ? C’est lire un Xavier Grall au creux de son canapé ? C’est avoir une Audi A6 ou la dernière paire de Repetto ? C’est de vivre à la campagne ? Vivre en pleine ville ? C’est être en bonne santé ?

C’est rien de tout ça ?

C’est un peu de tout ça ?

Le grand bonheur serait alors un amoncellement de bonheurs en version miniature.

Mais quels mini-bonheurs critériser ?

Mes critères à moi ne seront pas forcément ceux de mon mari, de mon voisin, de ma collègue ou de ma meilleure amie. Chacun son bonheur. Et c’est bien ça le bordel.

Chacun y va de sa sauce, de ses volontés, de son imagination, de ses étoiles au fond des yeux, de ses papillons au fond du ventre, de ses fuites aussi… Et voilà qu’on nous regarde avec un air à demi-moqueur ou inquiet en train de courir derrière notre bonheur à nous…  notre bonheur… si loin du leur…. Parce que c’est comme ça. Regardez bien autour de vous, regardez bien le nombre de cœurs morts qui vous sourira le visage biaisé et qui fera tout pour étrangler votre bonheur – ou pas votre bonheur, non, mais déjà votre idée du bonheur, votre rêve…  Vos rêves. Regardez, écoutez le nombre… Un brouhaha insupportable.

Histoire de comparaison.

Du coup,  notre rêve devient  égoïste, une sorte de plaisir à soi, rien qu’à soi, une sorte de masturbation. Le truc auquel on pense seul, dans son coin, parfois avec un peu de honte aux joues quand on s’aperçoit qu’on n’est pas dans la norme des deux doigts ou des 5 minutes, parfois avec l’envie de rugir fort quand on n’en a plus rien à foutre de rien ni de personne.

Nos rêves sont tels un secret clandestin, blottis dans des draps chauds et rêveurs. Endormis. Etourdis. Parfois fatigués, parfois frénétiques.

On ne partage pas ses rêves de peur qu’on nous les abîme, qu’on nous les tue. Qu’on stoppe tout net nos illusions ou nos persévérances. Persévérances illusoires ou illusions persévérantes, qu’importe.

Nous voilà égoïstes jusque dans nos rêves par manque d’assurance et de confiance.

En l’autre.

En soi.

Alors, ça serait quoi le bonheur ?

Le bonheur serait peut-être simplement de partager nos idées du bonheur. Une sorte d’échangisme.

Une sorte de grosse partouze à rêves.

[divider]RETROUVEZ-MOI SUR

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