Billets d'humeur (pour Ouest-France)

CA, C’EST LE MOJO ! // L’humeur de Ladyblogue #17 pour Ouest-France

20 février 2013

Ca, c’est le mojo !

 

La femme sort d’un taxi. Elle traverse la rue en courant, elle se croit en retard. Elle passe devant lui sans le voir. Il gare son scooter, retire son casque. En une fraction de seconde, il respire son parfum et observe ses poignets. Il sait.

L’homme est en face d’elle. Il lit son journal à la table d’un café. Il commande un thé vert au serveur noir et blanc ; elle le regarde discrètement. Elle se courbe, elle plie et replie ses jambes. En une fraction de seconde, elle sait.

Le mojo.

Il y a quelque chose de charnel, de l’ordre de l’épiderme, du geste, du souffle du corps, selon comme il ondule, selon comme il se cambre. De l’ordre de la respiration, du soulèvement du torse.

Tout se dessine ici, en plein centre. Au tréfonds.

Le mojo ne s’apprend pas, le mojo est ou n’est pas.

Il n’a rien à voir avec la beauté ni avec la perfection. Surtout pas.

Il nous prend sans crier gare. Il nous cueille sur un trottoir, dans un train ou dans une file d’attente. Le mojo n’a pas de lieux, le mojo est un souffle renversant qui surgit dont ne sait où. Il a ce pouvoir de nous surprendre, de nous emporter au vent des malices, de nous peindre les pensées en rouge vif.

Il a le pouvoir de l’imaginaire.

Une chevelure qui épouse une nuque, une barbe de quelques jours qui aimante, un port de tête pharaonique, un geste alangui, un déroulé rêveur, un rythme silencieux.

Il nous promène de la délicatesse à la brutalité. Il est ce paradoxe fou qui nous enfièvre.

Le mojo se lit sur les lèvres, se goûte sur la peau et se bouffe dans l’éclair blanc d’une fusion évidente.

Le mojo est comme vivant, tel une chimère invisible, un loup dont on aimerait tant être la proie.

 

Le mojo.

 

 

Pourquoi toutes ces caresses inégales,
Quand elles ressentent mes ondes animales?
Est-ce que c’est bien ?
Est-ce que c’est mal ?
Laisse-toi aller c’est qu’ça c’est le Mojo


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