Cité En passant

Auschwitz, le Djerba du malheur

11 janvier 2012

AUSCHWITZ-ladyblogue
Auschwitz-Birkenau.

Génocide.
1 000 000 de Juifs.
Entre 70 000 et 75 000 Polonais non juifs.
21 000 Tziganes.
15 000 prisonniers de guerre soviétiques.
10 000 à 15 000 autres prisonniers, dont des résistants.*

Vendredi dernier, le site du monument d'Auschwitz-Birkenau a annoncé plus d’ 1,4 millions de visiteurs en 2011. Mieux qu'en 2010. Et 2010 était mieux que 2009. En fait, ça grimpe tous les ans.

Auschwitz-Birkenau. Un camp… de touristes.

Beaucoup de jeunes. Les voyages à Auschwitz ont-ils une réelle valeur pédagogique ? Ladyblogue_auschwitzJe me souviens y avoir été, en classe de seconde je crois. Je n'ai pratiquement aucun souvenir. Les seules images qui me restent sont l'immensité du lieu et l'ominipresence de cailloux. Notre guide nous avait dit que les prisonniers marchaient des heures pieds nus sur ces cailloux. Ca m'avait marqué. Mais le reste ? Oui, j'y suis allée mais que m'en reste-il ? Qu'en reste-t-il aux gamins qui étaient avec moi ? Qu'en reste-t-il à tous les élèves qui y vont chaque année ?
Et puis, il n'y a pas que des scolaires, bien entendu.
Auschwitz est devenue la premières destinations des tour-opérateurs de Cracovie. La premières destinations des tour-opérateurs de Cracovie… Les gens veulent visiter la région et "voir le camp".

Auschwitz est devenu une distraction. Parking payant, toilettes payantes, panneaux avec pictos indiquant que sont interdits les chiens, les maillots de bain, fumer, manger et avoir une poussette, règle que beaucoup de jeunes parents transgressent.  Il parait même – info trouvée au fil de mes lectures sur le sujet – qu'il y a une buvette. Ben ouais, ça donne soif de visiter des chambres à gaz. Beaucoup mange sur le camp, même si c'est stipuler un peu partout que c'est interdit… de toute façon, l'important hein, c'est de photographier la fameuse grille avec écrit « Arbeit macht frei », le reste…

La visite, pourtant dite "gratuite" est interdite pour les groupes sans un guide (38 zlotys par personne), et les visiteurs individuels ne sont admis qu'avant 10 heures ou après 15 heures. Malin les petits.
Environ 8 000 touristes par jour. Deux cent cinquante gui­des, quatorze langues. C'est que ca rapporte Auschwitz !

Mais on connait le touriste…

Il y a quelques années, une femme avait commencé à se déshabiller dans les chambres à gaz pour comprendre ce qu'« ils » avaient ressenti.

Une boîte de nuit située à 1 kilomètre de Birkenau avait ouvert ses portes (boîte de nuit fermée en 2001 sous la pression des associations juives américaines).

En 2007,  une marque de fringues avait demandé à faire un défilé de mode dans le camp.

L'inscription « Arbeit macht frei » a été volée en décembre 2009.

Il y a quelques mois, une vidéo montrant un rescapé australien dansant I will survive avec ses petits-enfants sur le lieu de son martyre est sortie sur YouTube.

En mai 2011, un ressortissant Français a été interpellé pour vol de deux bouts de barbelés du site de l'ancien camp d'extermination. Il voulait un souvenir.

Dimanche, je vous parlais de la pub d'un club de gym qui faisait référence à Auschwitz.

Où est le devoir de mémoire ?

Auschwitz-Birkenau.
Génocide.
1 000 000 de Juifs.
Entre 70 000 et 75 000 Polonais non juifs.
21 000 Tziganes.
15 000 prisonniers de guerre soviétiques.
10 000 à 15 000 autres prisonniers, dont des résistants.*


La répartition des visiteurs par nationalité : la Pologne est en tête, avec 553 000 touristes, suivie par le Royaume-Uni (75 000) et l'Italie (63 900). L'Allemagne vient un peu moins que la France (48 300 contre 57 900). La Corée du Sud  amène 35 400 visiteurs, suivant de peu les Etats-Unis (39 800). Israël arrive en quatrième position, avec 62 400 visiteurs.

* Chiffres du Musée du Camp de Auschwitz-Birkenau.

Facebook Comments
Please follow and like us:

You Might Also Like

6 Comments

  • Reply macaron 11 janvier 2012 at 9 h 21 min

    Mais justement, le devoir de mémoire, il est là. On ne peut pas jeter le tout à cause de quelques excès et quelques crétins. je pense que la grande majorité des visiteurs viennent se recueillir et informer leurs enfants et petits enfants.

  • Reply louison 11 janvier 2012 at 10 h 09 min

    Je suis très pessimiste mais l’histoire se répète. Y a pas que les camps allemands. je crois qu’on pourrait faire des “mémorials” partout dans le monde. Personnellement j’ai eu la chair de poule quand je suis allée là bas. La violence et l’intolérance font partie de l’espèce humaine, tout comme la connerie et le manque de respect.

  • Reply Ladyblogue 11 janvier 2012 at 10 h 29 min

    Je ne dis pas interdire le lieu aux visites, je dis respecter le lieu.

  • Reply Ladyblogue 11 janvier 2012 at 14 h 39 min

    oui…

  • Reply NinaSotteFille 14 janvier 2012 at 19 h 40 min

    C’est surtout une question d’IMPORTANCE.
    Tant qu’on y emmène les élèves ils se demanderont pourquoi on a voulu leur montrer ça et ça va les marquer, même si c’est à cause des cailloux.
    J’ai entendu des profs discuter à propos du maintien de ces visites parce que “ça fait longtemps quand même”. Longtemps, pas longtemps, on s’en fout, c’est toujours important.
    Et ceux qui rient de ces lieux ou en profitent pour faire leur business, c’est qu’ils ne leur donnent pas l’importance qu’il faut. C’est effrayant.

  • Reply Léana 16 janvier 2012 at 23 h 38 min

    Bonjour.
    Vous auriez pu (dû) citer l’article que vous avez repris de Telerama (http://www.telerama.fr/monde/a-auschwitz-la-memoire-etouffee-par-le-tourisme-de-masse,76049.php)
    Pour ce qui est du reste, oui, le personnel du musée s’est vu obligé de mettre en place des visites guidées obligatoires aux heures d’affluence afin de pouvoir gérer le flot de touristes et veiller aux dérives et comportements irrespectueux.
    Oui, il y a des buvettes à la sortie d’Auschwitz. Il se trouve qu’en été les températures montent de façon extrème là-bas (climat continental).
    Il y a même une cafétéria, figurez-vous. Certains visiteurs ne se contentent pas de passer en courant dans le camp en quelques heures, mais y passent la journée, reviennent le lendemain, voire le surlendemain. Faudrait-il que, au nom de la souffrance, ils ne mangent plus, ne prennent pas de chambre d’hôtel mais dorment dehors, etc ?
    Pour terminer, non, Auschwitz ne “rapporte” pas mais “coûte” (l’entretien des bâtiments, le maintien des archives et le reste : http://en.auschwitz.org/m/index.php?option=com_content&task=view&id=583&Itemid=37).
    Le prix de la visite guidée n’est pas exact (voir sur le site du Muzeum : http://en.auschwitz.org/z/). Il est si bas qu’il ne doit guère servir qu’à rémunérer le guide.
    Pour qui envisage une visite : http://www.sonderkommando.info/actu/aller_a_auschwitz.html
    Cordialement,
    Leana.

  • Leave a Reply

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.