Cité En passant

21 mois

29 septembre 2010

21_mois
Début d'après-midi sur la voie express.
Je file en rendez-vous. Vers la mer, vers le Cap. Une cliente sympa pour un projet sympa.
Je suis bien.
J'ai prévu les CD. Un de -M- et un de Vanessa.
J'allume la radio. Les infos. J'écoute, on mettra la sic après.
J'écoute.

Et là.

"Un homme de 30 ans, soupçonné d'avoir violé la fillette de
sa compagne âgée de 21 mois, a été écroué à la maison d'arrêt de Chartres.
L'homme a été mis en examen
et placé en détention provisoire pour viol aggravé sur victime de moins de 15
ans, avec la circonstance aggravante d'avoir autorité sur la petite fille.
Le suspect vivait en couple depuis deux mois avec la mère de
la fillette domiciliée à Dreux. C'est elle qui a porté plainte
après avoir surpris son compagnon auprès de l'enfant, en pleine nuit, avec un
comportement intrigant. La fillette a été amenée à l’hôpital où elle a
été opérée."

Et là, j'ai la nausée, cette nausée qui vous attrape et vous inonde la bouche de salive en moins de deux secondes. Je ne vois plus rien, ni la route, ni les voitures, ni les arbres, ni le ciel. Je n'ai devant mes yeux que cette enfant de 21 mois. Ca fait grand comment déjà 21 mois ? Presque 2 ans. Et là, j'imagine. J'imagine la gamine, à la crèche, dans la rue, dans sa chambre, en train de jouer, dormir, manger, courir, sauter. Vivre.
J'essaie de me dire que merde, encore une histoire comme d'autres. Mais impossible de banaliser l'écoeurement. Impossible d'écouter ça et d'embrayer sur l'info suivante, le résultat d'un match, le chiffre du jour ou la météo de demain.
"La fillette a été amenée à l’hôpital où elle a
été opérée
".
L'envie de vomir me fait surveiller les endroits où je pourrais m'arrêter deux minutes. J'ai la gorge rayée, le ventre éraflée, les muscles étranglés.

Presque 45 minutes de bagnole à avoir la nausée au bord des lèvres. Incapable de me défaire de ces images, de ce fait divers raconté en 15 secondes à la radio.

15 secondes. 45 minutes. 21 mois. Des années.

Je suis arrivée. Je me gare sur le parking. La cliente m'attend à l'intérieur. J'attrape mes dossiers, éteins la radio et sors de la voiture laissant l'image de cette fillette, enfermée dans la carcasse encore chaude.

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9 Comments

  • Reply Greg. G 29 septembre 2010 at 8 h 46 min

    L’inhumanité grandit chaque jour… bercé langoureusement par des media irresponsables…………… trop près du mur

  • Reply Gallïane 29 septembre 2010 at 9 h 40 min

    Comme toi, je ne supporte pas ce type d’info. Pas que je ne veuille pas les entendre, il est hors de question de se voilait la face sur l’horreur et la perversité des gens qui nous entoure… juste que physiquement, c’est inimaginable !
    Et quand on se prend à imaginer, on a juste envie de mourir… pour éviter la souffrance à la victime.

  • Reply Esme 29 septembre 2010 at 10 h 48 min

    La gerbe, tout pareil, en lisant ce matin ce texte!
    Pauvres gens avec des vies gâchées. Je n’imagine même pas ce qui a pu se passer dans la tête de cette mère. Comment pourra-t-elle ne nouveau faire confiance à un homme après cette histoire? C’est terrible

  • Reply Lydie 29 septembre 2010 at 14 h 00 min

    Des larmes aux yeux en te lisant.

  • Reply Phileas 29 septembre 2010 at 14 h 50 min

    pas de mots, c’est juste tellement inconcevable pour moi que je ne comprendrai jamais 🙁

  • Reply Ladyblogue 29 septembre 2010 at 14 h 52 min

    C'est juste. "Pas de mots".

  • Reply Ladyblogue 29 septembre 2010 at 14 h 54 min

    Des larmes aux yeux en l’écrivant.

  • Reply Ladyblogue 29 septembre 2010 at 14 h 54 min

    Même question pour la petite.

  • Reply Esme 29 septembre 2010 at 15 h 00 min

    Ah mais oui oui surtout pour la petite j’ai envie de dire! C’est ca qui m’a donné la gerbe d’ailleurs en plus de l’acte barbare (parce que pour moi il n’y a pas d’autres mots)Et comme Phileas plus bas…

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