En passant

La femme sauvage

5 juin 2010

Femmes_courent_loups
Ce livre m'intriguait. Quand je regardais les avis sur le net, la quasi-totalité de la gent féminine clamait haut et fort que "Femmes qui courent avec les loups" était LE livre à lire en tant que femme, LE livre a transmettre de mère en fille.
Et puis, j'ai lu.

Des contes et légendes ancestraux qui parlent des origines du féminin. Clarissa Pinkola Estés, psychanalyste jungienne, introduit le conte en rappelant le contexte de sa
découverte, le partage et la transmission dont elle a bénéficié et dont
elle fait profiter à son tour. 

Certains passages m'ont parlé plus que d'autres, certains passages ont été plus nébuleux que d'autres. Je lisais tellement une promesse dans les avis des lectrices, que je m'attendais à "plus". Un peu quand je suis allée voir Avatar et qu'on me disait que c'était du jamais-vu. 

Ce livre est un éclairage intelligent et original pour qui veut saisir
le sens profond des contes. C'est également un travail de recherche
passionnant
effectué par une partisane de la cause des femmes. Ensuite, dire comme
99% des femmes qui l'ont lues, que ce livre a changé ma vie, non. Mais j'ai passé de très bons moments à le lire et certaines lignes ont été fortes en réflexion.

Extrait :

" La vie sauvage et la Femme Sauvage sont toutes
des espèces en danger.

Au fil du temps, nous avons vu la nature instinctive
féminine saccagée, repoussée, envahie de constructions. On l'a
malmenée, au même titre que la faune, la flore et les terres sauvages.
Cela fait des milliers d'années que, sitôt que nous avons le dos tourné,
on la relègue aux terres les plus arides de la psyché. Au cours de
l'histoire, les terres spirituelles de la Femme Sauvage on été
pillées, brûlées, ses tanières détruites au bulldozer, ses cycles
naturels forcés à suivre des rythmes contraires à la nature pour le bon
plaisir des autres.

 

Ce n'est pas un hasard si les étendues sauvages de
notre planète disparaissent en même temps que la compréhension de notre
nature sauvage profonde s'amoindrit. On voit aisément pourquoi les
vieilles forêts et les vieilles femmes sont tenues pour des ressources
négligeables. Et si les loups, les coyotes, les ours et les femmes
sauvages ont le même genre de réputation, cela n'a rien d'une
coïncidence. Tous correspondent à des archétypes instinctuels proches.
C'est pourquoi on les considère à tort, les uns et les autres, comme peu
amènes, fondamentalement dangereux et gloutons.

 

Ma vie et mon travail en tant qu'analyse jungienne,
poétesse et cantadora, gardienne des vieilles histoires,
m'ont appris que l'on pouvait restaurer la vitalité faiblissante des
femmes en se livrant à des fouilles " psycho-archéologiques " des ruines
de leur monde souterrain. Ces méthodes nous permettent de retrouver les
voies de la psyché instinctive naturelle et, à travers sa
personnification dans l'archétype de la Femmes Sauvage, de
discerner de quelle manière fonctionne la nature innée de la femme. La
femme moderne est un tourbillon d'activité. On lui demande d'être tout,
pour tout le monde. Il y a longtemps que la vieille sagesse n'a plus
cours.

 

Le titre de cet ouvrage " Femmes qui courent avec
les loups " histoire et mythes de l'archétype de la Femme Sauvage,
est né de mon étude de la biologie animale, en particulier des loups.
Ce qu'on sait des loups Canis Lupus et Canis
Rufus
présente en effet des similitudes avec l'histoire des femmes,
tans sur le plan de l'ardeur que du labeur.

 

Les loups sains et les femmes saines ont certaines
caractéristiques psychiques communes : des sens aiguisés, un esprit
ludique et une aptitude extrême au dévouement. Relationnels par nature,
ils manifestent force, endurance et curiosité. Ils sont profondément
intuitifs, très attachés à leur compagne ou compagnon, leurs petits,
leur bande. Ils savent s'adapter à des conditions perpétuellement
changeantes. Leur courage et leur vaillance sont remarquables.

(…)

Ma génération d'après-guerre grandit à une époque où
les femmes étaient infantilisées et traitées comme une propriété
privée. Elles restaient en jachère, mais Dieu merci, le vent apportait
toujours de mauvaises herbes… Même si ce qu'elles écrivaient n'avait
pas l'imprimatur, elles posaient leurs jalons. Même sui ce qu'elles
peignaient n'était pas reconnu, cela leur nourrissait l'âme. Il leur
fallait mendier les instruments et l'espace nécessaire à leur art et si
elles ne les obtenaient pas, elles s'installaient dans les arbres, dans
les grottes, les bois, dans les placards.

 

Elles avaient à peine le droit de danser. Aussi
dansaient-elles dans les forêts, là où personne ne pouvait les voir, ou
dans les sous-sols, ou en allant vider la poubelle. Se parer était
suspect. Un corps orné, un vêtement séduisant, accroissaient le danger
d'être victime d'une agression, sexuelle ou non.

 

C'était une époque où les parents qui se montraient
violent envers leurs enfants étaient simplement qualifiés de stricts, où
l'on appelait " dépression nerveuse " les profondes blessures de
l'esprit des femmes outrageusement exploitées, où l'on disaient
" gentilles " les jeunes filles et les femmes étroitement tenues,
corsetées, muselées, et où l'on étiquetait comme " mauvaises " les
femmes qui desserraient quelque temps l'étau.

 

Aussi, comme beaucoup de femmes avant et après moi,
ai-je vécu comme une créature, una criatura, déguisée. Comme mes soeurs,
j'ai trébuché sur mes hauts talons et je suis allée chapeautée à
l'église. Souvent pourtant ma queue fabuleuse dépassait de dessous
l'ourlet de ma robe et mes oreilles pointaient jusqu'à faire glisser mon
chapeau.

 

Je n'ai pas oublié la chanson de ces années noires, hambre del alma, le chant des âmes affamées. Mais je n'a
pas non plus oublié les joyeux canto hondo, le chant
profond, dont les paroles nous reviennent quand nous travaillons à
réclamer notre dû, celui de l'âme.

 

Telle une piste qui, dans la forêt, se fait de plus
en plus étroite jusqu'à sembler disparaître, la psychologie classique
tourne court lorsqu'il s'agit de la femme créatrice, la femme douée, la
femme profonde. Elle est souvent peu bavarde ou carrément silencieuse
sur les questions d'une grande importance pour les femmes : celles de
l'archétype, de l'intuition, du sexuel et du cyclique, des âges de la
femme, de sa façon d'être, de son savoir, de la flamme de sa créativité.
(…)

 

On ne peut traiter les questions de l'âme féminine
en modelant la femme selon des critères d'une culture inconsciente, pas
plus que ceux qui se prétendent les seuls détenteurs de la conscience ne
peuvent lui donner une forme plus facilement acceptable,
intellectuellement parlant. Non, c'est là ce qui a poussé des millions
de femmes à se mettre en dehors de leur propre culture, à devenir des
" outsiders ". Au contraire, le but doit être de faire recouvrer à la
femme la beauté de ses formes psychiques naturelles.

 

Les histoires, les contes de fées, les mythes
aiguisent notre vision des choses, en nous aidant à mieux les
comprendre, de sorte que nous pouvons retrouver et suivre la piste
tracée par la nature sauvage. L'enseignement des contes nous donne la
certitude que la piste n'a pas disparu, qu'elle mène les femmes de plus
en plus profondément au coeur de la connaissance d'elles-mêmes. Les
traces que nous suivons toutes sont celles du Soi instinctuel, du Soi
sauvage et profond.

 

Je l'appelle Femme Sauvage, car ces mots mêmes,
" femme et sauvage ", produisent llamar o tocar a la puerta, les coups que frappe le conte de fées à la
porte de la psyché féminine. Llamar o tocar a la puerta signifie
littéralement qu'on joue d'un instrument dans le but d'ouvrir une
porte. Autrement dit, on utilise des mots qui provoquent l'ouverture
d'un passage. Quelles que soient le influences culturelles, toute femme
comprend intuitivement les mots femme et sauvage.

 

Quand les femmes entendent ces mots, un vieux, très
vieux souvenir s'éveille, la mémoire de leur parenté absolue,
indiscutable, irrévocable avec la féminité sauvage. Ce lien peut s'être
distendu du fait de notre négligence ou avoir été mis hors la loi par la
culture environnante. Il a pu avoir été domestiqué à l'excès ou bien
encore nous avons cessé de le comprendre. Mais même si nous avons oublié
les noms de la Femme Sauvage,
même si nous faisons la sourde oreille quand elle prononce le nôtre,
dans la moelle de nos os, nous la connaissons, nous la désirons. Elle
nous appartient et nous lui appartenons et nous le savons.

(…)

Ce goût du sauvage vient avec l'inspiration. On
éprouve cette aspiration à la Femme
Sauvage
lorsqu'on croise une personne qui a établi
cette relation sauvage. (…) Quand les femmes l'ont perdue et
retrouvée, elles font tout pour la garder à jamais. Elles se battent
pour cela, car avec elle leur vie créatrice s'épanouit, avec elle leurs
amours gagnent en profondeur, en signification, en bien-être, avec elle
les cycles de leur sexualité, de leur créativité, de leur travail se
rétablissent. Elles ne sont plus les victimes désignées de la violence
prédatrice des autres. Elles sont égales devant les lois de la nature,
égales pour croître et lutter. Désormais, si elles sont fatiguées à la
fin de la journée, c'est suite à des tâches satisfaisantes, non parce
qu'elles étaient enfermées dans un travail, un état d'esprit ou une
relation amoureuse étriqués. Elles savent instinctivement quand les
choses doivent vivre et quand elles doivent mourir. Elles savent partir,
elles savent rester.

 

En réaffirmant leur relation avec la nature sauvage,
les femmes reçoivent le don d'une observatrice intérieure permanente,
une personne sage, visionnaire, intuitive, un oracle, une inspiratrice,
quelqu'un qui écoute, crée, réalise, invente, guide, suggère, qui
insuffle une vie vibrante au monde intérieur et au monde extérieur.
Quand les femmes sont dans la proximité de cette nature, il émane
d'elles une lumière. Ce professeur sauvage, cette mère sauvage, ce
mentor sauvage soutient envers et contre toute leur vie intérieure et
extérieure. (…) La compréhension de la nature de cette Femme Sauvage
n'est pas une religion. C'est une pratique. C'est une psychologie au
sens strict du terme : psukhê/psych, âme et ologie
ou logos
, connaissance de l'âme. Sans elle, les femmes n'ont pas
d'oreille pour l'entendre parler à leur âme ou pour écouter l'horloge de
leurs propres rythmes internes. Sans elle, leur regard intérieur est
occulté par une main d'ombre et elles passent leurs journées à s'ennuyer
ou à souhaiter que tout soit différent. Sans elle, leur âme ne va plus
d'un pas sûr.

(…)

Pour moi, tous les hommes et toutes les femmes sont
nés avec des dons. Il n'en reste pas moins que l'on a peu décrit la vie
psychologique et la façon d'être des femmes douées, talentueuses,
créatrices. En revanche, on a abondamment écrit sur les faiblesses des
humains en général et des femmes en particulier. (…) Qu'englobe donc la Femme Sauvage ?
Elle est, tant du point de vue de la psychologie archétypale que des
anciennes traditions, l'âme féminine.
Et pourtant, elle est plus encore. Elle est la source du féminin. Elle
est tout ce qui est de l'ordre de l'instinct, des mondes visible et
invisible – elle est le fondement. Nous recevons d'elle une cellule
lumineuse où sont contenus tous les instincts, tous les savoirs dont
nous avons besoin pour vivre."

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