En passant

Dans la ville des veuves intrépides

11 juin 2010

Ville_veuves_intrepides
Après "Femmes qui courent après les loups", j'ai continué mes lectures sur la condition féminine. Mais là, c'était un hasard. "Dans la ville des veuves intrépides" de James Cañón est un livre que l'on m'a offert il y a quelques temps. Mais un livre s'apprivoise. Je le regardais et j'attendais le jour "où". Ce jour est venu et je l'ai lu.

L'histoire raconte la vie d'un petit village reculé de
Colombie, Mariquita, où la vie s’écoule agréablement, quand un matin de novembre 1992, tout bascule. Tous les hommes du village sont emmenés de force par les
guérilleros ou tués en cas de résistance. Ne restent que des femmes éplorées. James Cañon, au fil des différents chapitres, comme dans
un feuilleton, nous conte l’histoire de ces femmes abandonnées dans ce pays
machiste. Rien ne sera facile pour elles car elles vont devoir
apprendre à vivre seules. Le village va toutefois gagner en autonomie, se redresser et
les femmes de soumises, effacées vont s’affirmer, se libérer et s’assumer.

J'ai passé un bon moment à lire ce livre ; je regrette toutefois certaines longueurs. J'aurais aimé plus de forces et de mouvement… et une fin autre (mais je ne vous dirais pas pourquoi…).

Extraits
« Ce fut le prêtre en personne qui eut l'idée de
transgresser le sixième commandement. Il décida un jour de rendre visite à la
première magistrate pour discuter de ce qu'il appelait 'un besoin pressant de
procréation'. Il alla à la mairie tôt dans l'après-midi, vêtu de sa soutane en
polyester noir malgré la chaleur implacable qu'il faisait suite à un violent
orage de trois jours. Il amena Hochiminh Ospina, son enfant de coeur âgé de
quatorze ans, qui était consigné pour avoir mangé la provision d'hosties d'une
semaine entière. Le garçon, qui était gras, mou et indolent, détestait cette
fonction, particulièrement quand, comme ce jour-là, il devait transporter
l'énorme bible du padre. »

« La première magistrate allait le long des rues
désertes de Mariquita, tête baissée, épaules voûtées, en proie au découragement
: son village s'était mué en une Babel sans tour. Comment pourrait-elle jamais
gouverner une commune où le temps était une chandelle, une plante, ou même le
transit intestinal de quelqu'un ? Comment allait-elle mener à bien les grands
projets qu'elle avait conçus pour son village de veuves, quand
quatre-vingt-quatorze personnes n'arrivaient même pas à s'entendre sur le point
de savoir quand était le matin et quand il faisait nuit ? Peut-être que, si elle
fermait les yeux et marchait dans la direction opposée, elle oublierait tout
cela. Sans doute était-ce la seule façon de cheminer dans la vie. Oui,
peut-être avait-elle résolu l'énigme de l'existence : chaque fois qu'on
rencontre un obstacle sur son chemin, tout ce qu'on doit faire, c'est fermer
les yeux et marcher dans la direction opposée. »

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