Cité En passant

S.O.S.

26 mars 2007




10h15. Devant un supermarché. Il fait super beau. Je me gare. Je cherche le jeton pour le caddie. De loin, à l’entrée du magasin, je vois une femme, debout, la tête baissée, tenant quelque chose dans les mains. Elle doit avoir mon âge.


Je sors de la voiture et vais chercher mon caddie. Je passe devant elle. Elle n’a pas bougé d’un millimètre. Elle tient une petite pancarte. Je ralentis pour lire « Sans travail, sans ressources, deux enfants, merci ». Une de ces traditionnelles pancartes, si traditionnelles qu’on ne les lit plus. Parce que quoi ? Offf, toujours la même chose… Mais alors quoi ? On voudrait de l’originalité ? On voudrait qu’ils cogitent à leur message pour qu’il soit plus attrayant, plus léger, plus rigolo (?), plus marketing ?! On voudrait qu’ils cogitent à un message plus percutant, plus « émotionnel ». Mais de qui se moquons-nous ?


Toujours la même chose… Oui… C’est là, le problème. Tous ces gens qui vivent la même merde.


Je rentre faire mes courses. Un peu perturbée. Ici, on n’est pas à Paris, on n’est pas non plus à Marly-Gomont (60 000 habitants), mais on n’en voit pas souvent des gens qui font la manche. On en voit bien sûr, mais pas tant que ça. Et puis, y’en a beaucoup qui font la manche pour pouvoir acheter leur Carré de vigne en brique. Ou des gens qui t’agressent carrément pour avoir une p’tite pièce.
Non, cette femme n’était pas comme ça. Elle était là. Immobile, debout.
Je sors du magasin.
Elle n’a toujours pas bougé d’un poil. La tête baissée, elle regarde le sol. Son attitude est là, comme une excuse au monde.
Je rejoins ma voiture, range mes courses dans le coffre. Mes yeux ne la quittent pas. Je n’y arrive pas.
Je suis là, avec mes lunettes de soleil, toute pimpante, je sors de la douche, je sens bon le N°5, j’ai le coffre plein de bouffe.
Elle est là, comme une statue, invisible aux yeux des autres. J’ai l’impression qu’il n’y a que moi qui la voit.
Je cherche dans mon sac. Mon porte-monnaie. J’ai 80 cents en liquide. J’ai pas envie de lui donner 80 cents. Je fouille encore, je crois qu’il me reste 1 ticket resto. Oui, c’est bon, il m’en reste un !
Je vais rendre mon caddie, reprend mon jeton et me dirige vers elle. Elle n’a toujours pas bougé. Je lui dis bonjour. Elle relève la tête.
La première chose qui me frappe, c’est son visage. Je le trouve joli. La seconde, c’est la façon dont elle me regarde. Honteuse. Si honteuse. Je lui tends le ticket restau à 6 euros en lui précisant que c’est valable dans les restos mais aussi chez les traiteurs ou dans certains supermarchés. Pendant que je lui dis tout ça, elle me remercie mille fois, la voix infiniment basse. Je lui dis au revoir. Je ne m’attarde pas, je sens qu’elle n’est pas à l’aise. Et à vrai dire, moi non plus.
Je rentre dans ma voiture. Elle a repris sa position immobile.
Je démarre.
Je passe devant elle.
Elle relève légèrement la tête. Je lui fais un signe de la main en lui souriant. Elle me répond en lâchant un sourire timide, mais un sourire quand même.
Alors, oui, peut-être que je me suis fait « avoir ». Peut-être que c’est une feignante, qu’elle n’a pas de gamins et qu’elle « joue un jeu ». Peut-être. Mais peut-être pas. Peut-être qu’elle a vécu galère sur galère. Mauvaise vie, mauvaise rencontres, mauvais choix, pas le caractère pour survivre, deux gamins.


J’ai agi avec mon cœur, avec mes tripes.
Je rentre chez moi. Le cœur lourd et léger à la fois.


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14 Comments

  • Reply Bob 26 mars 2007 at 9 h 11 min

    Snif. Ca me fait toujours le meme effet quand je suis dans cette situation. Mais bizarrmeent, JE me sens super honteux, avec mes lunettes de soleil, mes clopes et mon portable. J’ai envie de donner a chaque fois, avec mon coeur et mes tripes (sic). Mais dans le pays ou je vis, il y a peu de chance que les personnes a qui il manque deux jambes ou la moitie de la tete fassent semblant.
    L’autre jour (6 mois) j’en ai invite 3 avec qui j’avais lie la conversation, a venir manger dans un cafe avec moi. Leurs sourires a valait tout l’or du monde.

  • Reply Manou 26 mars 2007 at 9 h 14 min

    Il est vrai qu’à Paris et surtout quand on circule dans les transports en commun, on est sollicité, beaucoup ! Au bas mot une bonne dizaine de fois au quotidien. Alors parfois on en oublie notre humanité, on fini par ne plus les voir, ils font partie du paysage ;o(( Je sais, c’est horrible à dire ! Généralement je donne plutôt aux zikos ou à ceux qui ont des chiens. Je sais que que c’est sélectif et débile mais bon… Et sinon Lady, on ne sait jamais si on se fait avoir ou non mais je n’y pense pas. L’essentiel étant de faire un geste ;o)) Bibis du lundi

  • Reply 4largo 26 mars 2007 at 10 h 03 min

    Je voudrais d’un monde où chacun aurait un toit sur la tête.
    Je voudrais d’un monde où chacun aurait à manger dans l’assiette.
    Je voudrais d’un monde où les regards ne seraient pas condescendant.
    Je voudrais d’un monde que je sais utopique mais pourtant… à bien y réflêchir…
    Je voudrais tout ça et plus encore. Mais ça fait pourtant bien longtemps que j’ai arrêté de rêver.

  • Reply Dom 26 mars 2007 at 11 h 16 min

    Le simple fait parfois de s’arrêter, d’écouter, leur histoires, leurs galères ou leurs choix, d’offrir, des sous ou un sourire. Comme ce SDF, devant un des parkings de Nantes, qui sillonne l’Europe et revient année après année, à la même place.
    Moi aussi, je donne, pas toujours, mais je ne cherche pas à savoir si j’ai raison ou pas, ce n’est pas le plus important.

  • Reply AmeliMelo 26 mars 2007 at 12 h 24 min

    Il ne faut pas s’habituer à voir de telles choses…il ne faut pas !
    C’est pas normal mais pour bcp ils font partie du paysage urbain, on ne les regarde plus (pourtant c’est pas contagieux), on ne les calcule plus..quelle tristesse !

  • Reply missplaymobil 26 mars 2007 at 18 h 45 min

    Je suis à 200% en accord avec ton geste, même si je peux comprendre que dans certaines ville, on s’en fatigue un peu…J’étais aujourd’hui à une formation dont un des thèmes portait sur la précarité.Sais-tu que dans notre chère ville bretonne à l’allure plutôt bourgeoise, 25% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté? Hallucinant, hein?

  • Reply as a fish 26 mars 2007 at 19 h 05 min

    Bon moi je vais rebondir sur la chanson, parce que … parce que je fais bien ce que je veux comme dirait Chabat « j’suis chez moi »
    Qu’est ce qu’il monte dans les aigus dans cette chanson, c’est trop dingue, ça coupe le souffle !!!
    Merci

  • Reply pam 26 mars 2007 at 21 h 50 min

    Un soir, à Nantes, un mec m’aborde comme tous les jours, mais il était spécial celui-ci, il le fait avec un large sourire. Moi, toujours un peu sur la défensive, il me demande : « vous n’auriez pas un million de dollars s’il vous plaît ? » et j’ai ri avec lui ! C’est plus facile dans le geste de tendre du fric à un sourire, ce n’est pas de la compassion… Compatir, c’est « souffrir avec », c’est bien plus dur.

  • Reply Mélina LOUPIA 26 mars 2007 at 22 h 03 min

    Oula, étais pas venue de la journée.
    Ca calme, malheureusement.
    Mais bon, on touche à notre intimité
    Notre éducation
    Notre conscience
    Notre bon coeur ou pas.
    Et on se dit  » tain, si je le fais une fois, je devrai le faire tout le temps »
    Se dire qu’on s’est soulagé la conscience et pourtant rester amer.
    Une fois, j’ai donné ma chocolatine à un poivrot qui m’a insultée et une autre fois de la monnaie à une femme du genre de celle de ton parking, elle m’a dit  » pas assez ».
    Fatalement, je ne peux plus et ne veux plus donner, suis trop amère.
    Enfin, délicat débat.
    Bizettes, parapluie ouvert.

  • Reply magwann 26 mars 2007 at 23 h 39 min

    Deux femmes, deux mondes,deux regards, deux mains qui se touchent.Un instant de partage douloureux.

  • Reply LudoFJ(aussi FAPM!!!) 27 mars 2007 at 23 h 29 min

    Le fait de se faire avoir ou pas … chais pas. Ce qui compte, c’est le geste et ce que ça implique pour toi. Après, qu’elle un jeu ou pas, peu importe.
    J’dis ça, j’dis rien.

  • Reply mimicracraloelleaimeça 29 mars 2007 at 1 h 00 min

    tu as laissé parler ton coeur et c’est tout ce qu’il faut retenir parce que si tu l’as fait ici, c’est que tu le fais au quotidien donc c’est que t’es une fille bien, parole de Mimi

  • Reply mimicracraloelleaimeça 29 mars 2007 at 1 h 01 min

    tu as laissé parler ton coeur et c’est tout ce qu’il faut retenir parce que si tu l’as fait ici, c’est que tu le fais au quotidien donc c’est que t’es une fille bien, parole de Mimi

  • Reply mimicracraloelleaimeça 29 mars 2007 at 1 h 01 min

    tu as laissé parler ton coeur et c’est tout ce qu’il faut retenir parce que si tu l’as fait ici, c’est que tu le fais au quotidien donc c’est que t’es une fille bien, parole de Mimi

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