MA RENCONTRE AVEC BENJAMIN SIKSOU, DE LA NOUVELLE STAR A L’ARTISTE

12 novembre 2017

Rendez-vous avec lui à 20h30, au Vauban à Brest.

En place à 20h15, au bar.

Un tout petit peu en avance mais pas trop.

Assez pour m’imprégner du lieu, le (re)découvrir, regarder les lumières, les gens, savoir où je suis. Observer. Toujours observer. Disséquer.

Mais pas trop pour ne pas trouver le temps long, être seule trop longtemps, tourner indéfiniment la paille dans le verre.

J’envoie un message : « En place, c’est quand tu veux ».

 

Benjamin Siksou, comme tout le monde, je l’ai découvert il y a des années, en 2008, lors de son passage à l’émission « Nouvelle Star ».

Benjamin Siksou, comme tout le monde, je l’ai découvert il y a des années, en 2008, lors de son passage à l’émission « Nouvelle Star ». Et comme tout le monde – ou plutôt comme 99% de la gente féminine – j’avais craqué pour sa voix, ses reprises, sa p’tite gueule et sa réserve.

18 décembre 2012, je vous l’avais dit : je craquais également pour [un de ses titres, posté sur Youtube].

Benjamin n’avait pas gagné Nouvelle Star, il était arrivé deuxième après une certaine Amandine Bourgeois.

Depuis, le garçon n’a pas chômé, il a continué à faire de la musique, à faire des concerts, il a tourné dans des films, a participé à des projets musicaux… mais n’avait pas encore sorti d’album. C’est aujourd’hui chose faite. « Le chant du coq » est là. Et je vous le dis, il est bien là.

Un ancien « candidat » de télécrochet, avec une belle gueule en plus, qui sort un album 10 ans après ? Pour ceux qui ne connaissent pas Benjamin, c’est sûr qu’on pourrait se méfier.
Candidat ou artiste ? Soupe ou bel album ?

Je vais mettre fin au suspens tout de suite : « Le chant du coq » contient de véritables pépites, véritables tubes en puissance. Musicalement, textuellement, c’est un album surprenant, qui saura, je suis certaine, séduire le public, féminin et pas que.

Benjamin termine de dîner au restaurant du Vauban, je suis à un jus de fruit de lui.

Il arrive. On s’installe à l’écart, dans la partie restau.

Benjamin a quitté son visage de jeune homme et sa tignasse avec. Je le découvre aujourd’hui trentenaire, les cheveux très courts, le visage cerné mais toujours aussi séduisant (très beaucoup très).

Les néons blancs du resto m’agressent les yeux. Ils écrasent toute atmosphère chaleureuse et intimiste.

On va faire avec.

C’est une des premières fois que je rencontre un artiste avant son concert et non après. J’ai toujours préféré après. Après m’être nourrie de la soirée, du concert, de l’ambiance. Et puis après, y’a moins de chrono… Je me souviens de soirées jusqu’au petit matin avec [certaines de mes rencontres].

Je vais faire avec.

Les premiers mots sont hésitants. Un départ curieux, que j’ai du mal à maîtriser. Pour une fois, je me pose la question du « comment faire ? ». Je ne suis pas journaliste, je ne cherche pas de réponses. Juste une rencontre, une conversation, un échange, des émotions partagées.

Ligne 1 : question 1.
Ligne 2 : réponse 2.
Cela ne m’intéresse pas.

Benjamin attend. Lui, est en mode interview.

Je me lance. Des questions sur l’album. Il me répond avec précisions. Je l’écoute attentivement.

« Tu ne prends aucune note ? »

Non, je ne prends jamais de notes lors de mes rencontres. Je n’enregistre jamais rien.

« Tu vas tout retenir ? J’espère que tu as une bonne mémoire ! »

Les émotions ne s’oublient jamais.

On parle donc de son album, son « point B » comme il dit. 10 ans pour arriver là. Tout le monde lui pose la question du « pourquoi autant de temps ? ». Pas moi.

Le temps VS la durée. On en revient toujours au même.

« Les lignes droites peuvent être ennuyeuses.  Parfois, il vaut mieux prendre des chemins de traverse, c’est plein de surprises. » me dit-il en souriant.

Je lui parle de la chanson « Matériel ».

« Matériel, c’est l’histoire d’un couple, d’un mec qui a merdé et qui le dit. C’est rare de dire qu’on a merdé. Il faut savoir le dire ». Je lui explique que sur ce titre, je trouve que sa voix, la musique, les choeurs ont une ampleur particulière. « C’est marrant que tu dises ça, parce que c’est vrai que cette chanson-là est un peu à part. C’est pour moi une chanson pivot. J’avais déjà écrit quelques textes pour l’album, mais c’est quand j’ai écrit « Matériel » que je me suis dit que je tenais mon album. A partir de cette chanson, j’étais sûr. C’est aussi après ce titre que j’ai réussi à travailler l’écriture et la musique avec d’autres. »

« En France, les gens viennent pour la musique et restent pour les textes » disait Bashung. Moi, j’ai lu l’album de Benjamin avant de l’écouter. Les mots. Toujours les mots.

« Matériel », chanson pivot. « Bébé éléphant » (mashup entre une chanson de Dick Annegarn qui s’appelle « Bébé Elephant » et un standard américain « Sometimes I Feel Like a Motherless Child ») très belle sur l’album, géniale en concert. «  Paulo », sur la trahison d’un ami. Et puis « La dernière », qui évoque l’attentat du Bataclan. Des mots durs, des mots justes (« La guerre, c’est ma grand-mère, c’est dans sa force et ses yeux verts« ), sur une musique qui se veut positive. Comme [ce « Marcia Baila »] qui mêle gravité des mots et divertissement de la musique.

Mais si Benjamin avait eu sa guitare avec lui (j’ai regretté qu’il ne l’ait pas), je lui aurais demandé de jouer « Détail ». Pour moi, une des pépites de l’album.

Là, le grain de voix de Benjamin emporte, la guitare sèche se joue des changements de rythmes, les sifflements musardent, la musique imprime. Je l’adore ce « Détail ».

Oui, je lui aurais demandé de jouer « Détail », un titre de « Au chant du coq ». Dans les interviews, beaucoup de médias lui demandent de faire des reprises. « Plus le média est gros, plus ils veulent des reprises, pas des originaux. On ne fait confiance qu’à ce qui existe déjà… », regrette-t-il.

Dommage, car le talent de Benjamin vaut toutes les reprises. Et dommage pour les médias, car Benjamin tient tête et même quand on lui demande de faire une reprise, il fait un de ses titres à la place. Sourires.

« Au chant du coq » est un album est tout en contraste. Car Benjamin, les contrastes, il aime ça. Ca transpire. « Tout est une question de dosage ». Notre discussion n’est d’ailleurs saupoudrée que de ça. Noir / Blanc. Texte / Musique.  Sel / Poivre. (Oui, le garçon est un fana de cuisine, adore être derrière les fourneaux, est dingue de Top Chef et compagnie.)

« Même les excès, il faut que ça soit à petites doses. »

Et vous qui me connaissez, vous savez à quel point j’adore ça, moi aussi, le contraste. [Moi la funambule de l’Instant] qui crache sans cesse le venin du fade. On ne vit pas bien au milieu.

Benjamin parle lentement, comme s’il choisissait ses mots. Ses mains, elles, détonnent avec ses paroles. Elles ne cessent de remuer. On dirait un italien qui me parle ! Je me surprends lors de notre conversation à fixer plusieurs fois longuement ses mains, comme si je le regardais dans les yeux.

Et quand Benjamin remue moins ses mains, il se gratte la tête, les cheveux, ou il tournicote son portable. Depuis un ou deux ans, il a pris l’habitude de tout noter dedans. Exit les carnets, exit le papier, le « précieux » comme dirait l’autre a pris toute la place. Et je sens bien que ça l’agace. « Un carnet, comme le téléphone, on peut le perdre. Mais au moins, ça ne peut pas buguer ».

Tout est dedans. Son portable est devenu sa mémoire. Il note ses idées, des phrases, des mots, enregistre des mélodies. C’est comme cela que nait un texte ou une musique. Quand il s’aperçoit que ça tourne en boucle dans sa tête, c’est qu’il tient quelque chose. «  Je fais confiance à mes obsessions ».

L’heure tourne.

Je n’avais que 15 minutes d’interview, on en est à 50.

On vient le chercher, Benjamin doit y aller, la première partie arrive à sa fin.

La bise, « bon concert, amuse-toi bien », « à toi aussi, j’espère que tu aimeras. »

 

 

Je descends voir le concert au sous-sol du Vauban.

Je suis assez surprise, il n’y a pas tant de monde que ça. Je m’attendais à une foule, à plein de midinettes debout attendant leur « candidat préféré ».

Mais non, on a installé des tables, des chaises, ambiance Cabaret au Vauban. Je ne sais pas combien on est dans la salle, peut-être une petite centaine. Toute petite.

Benjamin monte sur scène. Jeans, chemise, Nike.

Il arrive avec ses trois musiciens. Aurélien Barbolosi à la basse, Benjamin Farrugia à la batterie et Nirina Rakotomavo, la dernière arrivée du groupe, aux claviers.

Dès les premiers titres, dès les premières paroles au public, on sent que benjamin est à l’aise. Il bouge, il sourit, il s’amuse avec son public. Il est joueur.

Le concert commence par « Au chant du Coq » qui est également le premier titre de l’album. Le public est assez tranquille, mais c’est sans compter sur Benjamin qui, de chanson en chanson, sait mettre de l’ambiance. Au fur et à mesure, le public tape dans les mains, se lève et chante avec le groupe.

Et là je regrette qu’on ne soit pas plus nombreux dans la salle. Parce qu’on serait 200, 500, 1000 ou plus, Benjamin mettrait le feu au concert. Les titres s’enchaînent. Gros coup de cœur pour le concert, sa présence scénique. Mais gros coup de gueule contre le son du Vauban qui est vraiment très très très mauvais. Je vous avais filmé deux titres, mais le rendu du son est tellement mauvais sur la bande que je ne peux pas vous les poster ici. On n’entend rien, ça saccage la musique plutôt qu’autre chose.

Au bout d’une heure, le concert se termine. La lumière se rallume et le personnel commence déjà à ranger tables et chaises. Quelques filles restent pour la séance de dédicaces

Je pourrais partir, mais je reste pour observer.

Je vois Benjamin qui me regarde et qui se demande pourquoi je suis encore là. Oui, Benjamin, je reste pour regarder, décortiquer jusqu’au bout, pour regarder ton public en pleine lumière.

En parlant de public, je m’attendais à un public beaucoup plus jeune. En fait, son public a vieillit avec lui. A 95% féminin,  il y a tout de même quelques garçons, qui sont là, venus accompagner leur copine.

Benjamin, derrière sa table de dédicace, est méticuleux. Il passe toute la file d’attente, en prenant son temps, en discutant avec les personnes une à une. A chaque fois, il prend le temps d’écrire le prénom, « bisous », note la date et signe très simplement « Benjamin ». A chaque compliment, il se frotte les cheveux et sourit à demi.

La salle se vide.

Je lui dis à nouveau au revoir, que le concert était chouette.

Il retourne en coulisse.

Je retourne à Quimper.

 

Vous l’avez compris, Benjamin Siksou ne m’a pas déçue. Ni sur son album, ni en discutant devant mon verre de jus de fruits, ni en concert.

Je suis très intimement persuadée qu’il fera sa place. Qu’il réussira à vous séduire, que les médias ne lui demanderont plus de faire des reprises mais de chanter ses propres chansons.
Je suis persuadée que la prochaine fois que j’irais le voir en concert, on ne sera pas 100, 200, 500 ou même 1000, mais beaucoup plus.

 

 

Benjamin Siksou -> Album « Au chant du coq »

Dates de tournée :

  • mercredi 15 novembre 2017 – Marseille – Café Julien
  • vendredi 17 novembre 2017 – Saint-Etienne – Le Pax
  • mardi 28 novembre 2017           – Paris – Café de la Danse
  • mardi 5 décembre 2017 – Lille – Le Splendid
  • jeudi 1 février 2018 – Lyon – Transbordeur
  • mercredi 7 février 2018 – Nantes – Le Ferrailleur
  • mercredi 21 mars 2018 – Besançon – Le Kursaal

 





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