Julien Doré, ce fauve féminin

11 avril 2017

J’aime bien Julien Doré. J’aime beaucoup même. Il fait partie de ces rares artistes français – comme Jonasz, M. Chedid, Zazie, Noir Dez, Gainsbourg – dont j’ai tous les albums. Je ne vais pas vous mentir, c’est vrai que je le trouve séduisant, mais j’aime surtout sa voix, sa musique et son univers « graphique ». Ouais, j’aime beaucoup ces artistes qui « travaillent » aussi cet aspect-là. Chédid, Christine and the Queens, Jane… il y a une vraie recherche créative et je suis très très sensible à ça.

 

Julien Doré lance sa tournée & (Esperluette) et passe à Brest pour l’occasion. L’occasion justement de voir la bête sur scène. Et en disant la « bête », je ne pouvais pas mieux dire.

 

Je passe rapidement sur la première partie sur laquelle je n’ai absolument pas accrochée. Ni sur la musique, ni sur le nom du groupe, ni sur le ton. Le côté dilettante, genre « je chante devant 5000 personnes et je m’en fous », m’a fortement déplu. Parce moi spectatrice j’ai eu vraiment l’impression de voir quelqu’un chantonner comme s’il chantait en train de jouer à la console vidéo ou de se limer les ongles. En faisant autre chose, quoi. Bref, ça arrive de ne pas accrocher. Et là je n’ai pas accroché. Du tout.

Et puis Doré est arrivé. Et là en termes d’engagement, là oui, c’est autre chose. Le mec est sur scène et bien sur scène. Comme certainement la plupart d’entre vous, j’avais vu Julien Doré en live sur les plateaux télé, je savais bien que le mec se démenait pas mal.

Mais à ce point, ce n’est plus se démener… c’est sortir de soi.

Quand je vous parlais de « la bête » tout à l’heure, c’est tout simplement ça. Pendant le concert j’ai été obligée de faire la corrélation entre Doré et ses images de loup de ses derniers clips. Le plus fauve des deux n’est pas forcément celui que l’on croit. Évidemment, à certains moments, on voit bien – on sait bien – qu’il joue de tout cela, ça fait partie du personnage, de l’artiste. Mais à certains moments seulement (et quand bien même ?). Parce qu’au fil des musiques, des titres, des applaudissements du public, on s’aperçoit que Julien Doré est dépassé par ce personnage qui peut paraitre établi. Il est là, devant nous, fier, sauvage et surtout heureux.

Oui, Julien Doré est un fauve heureux.
Julien Doré est un homme animal avide qui se nourrit de la proie la plus magique qui soit pour un artiste : son public.

Tantôt chat, tantôt guépard, il enchaîne déplacements langoureux et bonds électriques, sourires ravageurs et états quasi en transe.

Et j’ai compris pendant ce concert pourquoi il nous plaisait tant, pourquoi il plaisait tant aux femmes. Julien Doré est un homme terriblement féminin.
Un fauve féminin.

Imaginez un peu l’explosion d’émotions…

Julien Doré, un corps fin, pas très grand, dégage plus de phéromones que n’importe quel athlète, mannequin ou je ne sais quoi de trop lisse pour être honnête.
Une sensibilité féminine, une vision poétique féminine de l’humain, une connaissance extrême du vrai jeu de séduction (vous noterez que j’ai juxtaposé « vrai » au mot « jeu ». C’est le détail qui change tout)… ce tout mixé avec un mouvement de jambe unique, quasi « spamique », qui personnellement m’a fait bondir à chaque fois – et une présence absolue.

Absolue.

Bref… vous l’aurez compris, Julien Doré a réussi à m’attraper. Moi aussi.

 

Et comme j’ai toujours été franche et directe, je vous avoue que malheureusement cela n’a pas duré.

 

Fin de concert. L’amie qui m’accompagne me dit que normalement si on « patiente un peu », on a des chances de le voir différemment, qu’il risque de venir se mêler au public. Ok, je tente. Je ne m’attends pas à pouvoir l’interviewer comme j’ai interviewé [Matthieu Chédid], [Grand Corps Malade] ou [d’autres artistes], mais le voir dans un autre environnement que la scène m’intéresse.
On boit un verre en attendant. Une petite heure.
Les mecs de la sécu s’affairent. Julien Doré arrive suivi de un ou deux mecs, genre garde du corps, à la tronche qui ne te donne pas envie de leur faire une tape dans le dos.

Je le vois un peu avant tout le monde monter les escaliers, il arrange précieusement sa casquette, à l’envers sur sa tête, et ses cheveux. Il se faufile derrière le stand « merchandising » avec ses acolytes.

 

Et là, ma déception commence.



Julien Doré n’est même pas à un mètre de son public, ses plus « grands fans du concert », restés pour l’occasion. Et je vois un homme, tête baissé, silencieux, qui signe des autographes à la chaîne, telle une machine, un automate. Il signe papiers, billets de concert, gobelets en plastique, sans même regarder un instant la personne qui tend l’objet à dédicacer.

L’homme de scène et l’homme qui se trouve devant moi me paraissent terriblement opposés. Le fauve heureux, le fauve féminin qui était si proche de son public il y a encore quelques minutes n’est plus. 

Je passe du vrai au faux en un claquement de doigt.

Je me retrouve avec son costume de scène sur les bras. Déçue. Je ne comprends pas. C’est tellement différent de ce que Julien Doré dégage en tant qu’artiste. Sur scène, sur les réseaux sociaux. Cette proximité avec ses fans poussée à l’extrême, sur Facebook ou encore sur Twitter n’est pas. J’essaie de me dire que c’est la fatigue – 2h de concert, c’est physique, surtout vu comment il se « donne » – mais au fond de moi je n’y arrive pas. J’essaie de me dire que s’il n’avait pas envie de faire, il n’aurait pas fait. J’essaie de me persuader de ça.

Signer des autographes sans jeter un seul regard à la personne qui est en face de vous est à la fois un manque de respect et une rencontre ratée.

Autant distribuer des photocopies.

Mais en même temps, je regarde ces fans, et me dit que peut-être l’idolâtrie fait passer la plus grosse des déceptions.

Je suis sûrement tombée sur un mauvais soir. Je veux me dire ça.

Parce que pour moi la rencontre est pour moi à un autre niveau. J’attends plus que ça.

La rencontre musicale a bien eu lieu. La rencontre « humaine », elle, attendra.

Plein de gens diront que c’est déjà pas mal. Ouais… Peut-être. Mais pas moi. La vrai rencontre aura lieu un jour. Peut-être. Ou pas. 

Et comme je n’aime pas rester sur un goût amer, Julien, pour une « VRAIE » rencontre, c’est quand tu veux.

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