Entre soi

Vide-maison, vide-coeur

26 février 2017

Vide-grenier, brocante, marché aux puces… nous avons tous au moins une fois été nous balader dans ces allées, au fil d’un week-end, à la recherche d’une vieille malle, d’une vieille lampe, d’un vieux fauteuil, ou d’un autre vieux truc. Parce que le principe est là : chercher et trouver un vieux truc. Une vieille chose, un vieil objet qui a une histoire, une âme, et de préférence, un vieux prix. Très vieux le prix. Genre en ancien franc le prix.
Comme vous, même si je ne suis pas une férue des vieilles choses, j’ai déjà été à ce type de manifestation.

Mais à un « vide-maison », c’était la première fois.

J’avais vu l’info dans le journal, en tout petit, comme une ‘tite brève. Genre, vous ne savez pas quoi faire ce week-end, venez faire un tour dans notre vide-maison.

J’avais tout de suite pensé à un déménagement, à une mutation, à un truc comme ça. Des gens qui préféraient (ou devaient) se débarrasser de leurs meubles, de leurs affaires plutôt que de faire appel à une boîte de déménagement. Bon. C’était samedi, j’avais des trucs à faire et ça tombait bien, je devais passer devant ce « vide-maison ». Pourquoi ne pas y faire un tour ?

Je découvre une vieille baraque de plusieurs étages, avec un jardin où de hautes herbes s’étaient installées depuis pas mal de temps. Devant un garage ouvert, un amoncellement d’objets à la fois du quotidien et insolites. Balais, vieille baignoire en fonte, brouette, banc en bois, outils de jardinage. Des trucs vieux. Des vielles choses. Des vieux objets.

J’étais la seule « visiteuse ».

Un couple d’une soixante d’années, silencieux, têtes baissées m’a accueillie les visages fermés et doux à la fois. J’ai tout de suite compris que ce vide-maison n’avait rien à voir avec un déménagement ni avec une mutation.

On vidait ici la maison d’un mort.

Je n’osais d’un coup plus marcher dans ce garage qui prenait une autre épaisseur.

Mes yeux s’arrêtaient sur chaque objet, sur chaque détail, sur chaque petit grain de poussière. Cette soupière à fleurs bleues. A quand datait la dernière soupe ? Était-elle faite avec les légumes du jardin ? Ce plat à tarte aux bords épais. Quelle était la spécialité de la mamie ? Ou était-ce le papi qui était parti le dernier ? Cette table en Formica était-elle la table de la cuisine ou du salle à manger ?

La visiteuse que j’étais il y a quelques minutes à peine se sentait à présent cambrioleuse, violeuse d’une intimité qui ne me regardait pas. Je fuyais les yeux du couple. J’aurais pu trouver le plus bel objet du monde, l’objet dont je rêve depuis des années, il était impensable pour moi d’acheter, de repartir avec quoi que ce soit de cette maison.

Certes, vous allez me dire que si le couple avait organisé ce vide-maison, c’est qu’il était « prêt » à cela. Oui. Peut-être. Sûrement. Ou pas.
Certes, les affaires non vendues finiraient de « toutes façons » soit dans un ixième vide-grenier, soit (pire) à la déchetterie. Oui.
Et certes encore, quand on achète dans un vide-grenier, il y a assurément des objets qui viennent eux-aussi des mêmes circonstances. D’un vide-maison d’une personne décédée.

Certes. Certes. Certes. 3 fois certes.

Mais voir ces bouts de vie étalés dans ce garage aux yeux baissés m’a serré la gorge.

Acheter quelque chose ici aurait été pour moi comme le voler, peut-être pas aux vivants, mais aux morts.

Comme voler un vase ou un bouquet sur une tombe.

Ce vide-maison, moi, m’a vidée le cœur.

 

Delphine

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