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RENCONTRE INTERVIEW AVEC ZACK BENITEZ, DANSEUR ET CHOREGRAPHE

5 novembre 2015

Il y a quelques semaines, je suis tombée sur une vidéo qui m’a scotchée dans l’instant. Une vidéo de danse sur un titre d’une douceur et d’une violence folles : Medicine du groupe Daughter.
Filmés, deux danseurs. Zack Benitez, danseur, chorégraphe et initiateur de ce projet vidéo, et Tamara Marthe, plus connue sous le pseudo Shy’m.
J’ai du regardé la vidéo une bonne dizaine de fois d’affilé, un casque à fond sur les oreilles. A chaque fois, la même sensation : un mélange d’amour, d’oppression, de vie.
J’avais envie d’interviewer Zack Benitez pour en savoir plus sur son travail, sur cette collaboration. Et comme souvent la vie fait bien les choses, j’ai réussi à le contacter, on a discuté et il a accepté ma demande.

Merci Zack pour ta confiance, le temps précieux que tu m’as accordé. Merci pour ta sincérité et encore une fois merci de nous avoir livré ce très très joli projet. 


>> Pour ceux qui n’ont pas encore vu la vidéo, la voici. Regardez.
On se retrouve juste après pour la rencontre avec Zack Benitez.


// Zack, tu es danseur et chorégraphe, tu nous viens de Los Angeles. En France, tu as participé entre autres à l’aventure « Adam et Ève » avec Pascal Obipso. Peux-tu nous en dire plus sur toi ?
J’ai commencé à danser quand j’étais tout petit, à 6 ans. J’ai eu la chance de participer à plusieurs comédies musicales aux US et d’être entraîné par les meilleurs coachs avec lesquels j’ai gagné plusieurs titres nationaux et internationaux comme Teen Mister Dance Of America 2006. A 14 ans, j’ai eu la chance d’être invité à danser avec la Compagnie de classique contemporain de Alonzo King’s LINES Ballet, à San Francisco.
C’est après cette expérience que j’ai vu que le monde de la « compagnie » n’était pas pour moi, et à 17 ans, j’ai déménagé à Los Angeles pour commencer ma carrière de danseur commercial, dans les émissions télé.
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C’est à ce moment que j’ai obtenu ma vraie éducation professionnelle en tant qu’assistant chorégraphe et danseur avec plusieurs chefs chorégraphes comme Tokyo, Doug Calwell, Michael Rooney, Liz Imperio et notamment Paula Abdul, qui est mon mentor professionnel, et avec laquelle j’ai travaillé sur American Idol, Drop Dead Diva, et lancé la version américaine de l’émission « GOT TO DANCE », qui était appelée aux US « LIVE TO DANCE ».
Après cette émission, le chorégraphe TOKYO m’a proposé d’être son assistant chorégraphe et danseur pour le premier rôle dans la comédie musicale « Adam et Ève », écrit par Pascal Obispo. Je savais à l’époque que « Adam et Ève » serait la dernière fois que j’allais danser pour quelqu’un d’autre, et après cette belle expérience j’ai fait la transition vers la chorégraphie.
C’était aussi à cette période que j’ai pris la décision de rester en France. Toujours à côté de Pascal Obispo, j’ai pu continuer mes créations notamment en collaborant avec lui sur sa tournée promotionnelle d' »Arigato » et un ballet pour l’émission Vivement Dimanche sur le titre « Savoir Aimer ».
C’est pendant cette même année que j’ai commencé à prêter mes talents de chorégraphe à l’émission « Danse Avec Les Stars », où j’ai notamment rencontré Alizée, avec laquelle j’ai travaillé sur le lancement et la promotion de l’album « Blonde ».


// Je suis tombée par hasard sur le (magnifique) clip « Medicine », cette danse incroyable entre toi et Shy’m. Comment est né ce projet ?

Merci ! Cette création est simplement née grâce à mes amis que j’admire et qui sont si talentueux ! Mais comme moi, ils travaillent dans un métier très commercial où on n’a pas toujours la possibilité ou l’opportunité de montrer de quoi on est capables artistiquement.
J’ai voulu créer un espace d’expression où on peut montrer nos différentes couleurs et le faire, pour moi via la danse, est une expression universelle. Le faire en plus via un film ou une vidéo est une manière de transmettre le message à une large audience.
Dès que j’ai commencé à en parler avec Tamara, ou Shy’m comme vous la connaissez, elle m’a tout de suite exprimé sa volonté de participer à ce projet. J’ai tout de suite réalisé qu’avec elle, ça nous donnait un défi supplémentaire du fait de sa notoriété. C’est là où j’ai réalisé aussi, du fait de notre complicité et notre confiance mutuelle, qu’il fallait que je fasse quelque chose avec elle que je ne pourrai pas faire avec quelqu’un d’autre.
J’ai eu envie de mettre ça en avant car j’ai toujours su que la danse est le résultat d’une connexion personnelle et je crois que c’est pour ça que nous avons cette réaction du public.
Du coup, je lui ai raconté une histoire de ma vie et je lui ai dit que ce serait elle qui allait interpréter mon rôle dans cette histoire. Et c’est la 1re fois qu’on voit cette artiste talentueuse s’exprimer naturellement et de manière tellement différente de ce qu’on a l’habitude de voir.

// Vous êtes amis de longue date avec Shy’m/Tarama. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
C’est vrai que Tamara et moi sommes amis depuis quelques années. Nous nous sommes rencontrés via un ami commun et nous avons tout de suite eu une très belle complicité, qui après quelques années a donné une amitié si forte et une relation professionnelle avec beaucoup de confiance l’un envers l’autre.
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// Le réalisateur Charles Baldassarra a-t-il tout de suite pensé à vous deux pour cette danse ? Comment s’est construit ce duo ?
En fait, c’est l’inverse. J’ai eu cette idée avec Tamara avant de lui en parler mais je savais qu’il était le seul réalisateur que je connaisse qui pouvait réaliser une danse correctement. Nous avions déjà travaillé ensemble plusieurs fois sur d’autres émissions et j’ai pu voir l’immensité de son talent. Donc, pour cette première histoire que je voulais raconter avec Tamara, je l’ai appelé tout de suite pour voir s’il voulait participer à cette aventure avec nous. Et j’ai été ravi qu’il ait accepté de nous accompagner.

// Peux-tu nous raconter les étapes de ta création chorégraphique ? Comment as-tu construit cette danse ? Quelle est ta façon de travailler ?
Ce sont les paroles du titre « Medicine » du groupe anglais Daughter qui m’ont inspiré et qui ont été la base de la chorégraphie que j’ai créée avec Tamara et Priscilla Villa, l’assistante chorégraphe et danseuse talentueuse avec laquelle je travaille de temps en temps.
Nous avons ensemble pensé les mouvements, les portées et les interprétations de cette danse et j’ai réalisé du coup la force des capacités de danse contemporaine de Tamara à partir desquelles j’ai pu construire une chorégraphie complète.
Mais j’ai aussi tout de suite su qu’il y avait une partie du tableau qui serait un moment de théâtre sans danse. C’est ce moment où se passe la transition entre être le soutien de l’addict et le devenir (addict). Ce moment important de la vidéo où notamment on ne danse pas.
Pour moi ce moment-là ne pouvait pas être chorégraphié, il devait être vécu !
Pendant les répétitions, on a laissé vides ces 20 secondes après son saut dans mes bras (sans script) et c’est au tournage que ça s’est passé naturellement.
Je peux créer une choré facilement, c’est mon métier et j’en ai l’habitude. Par contre, ces 20 secondes ont été les plus difficiles de ce projet ; ces 20 secondes avec ma meilleure amie dans mes bras où j’ai appris ce que voulait dire être vulnérable. Ces 20 secondes n’ont pas été chorégraphiées, rien n’était prévu… ça s’est fait naturellement en toute spontanéité. Je n’en ai pas l’habitude, mais je l’ai énormément apprécié.
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// L’expression scénique de cette danse m’a impressionnée. Comment Shy’m et toi avez-vous travaillé vos émotions ?
Comme je le disais avant, nous avons laissé une bonne partie pour le jour du tournage. Suite à l’histoire que j’avais partagée avec Tamara, on a beaucoup parlé de moments intimes avant de tourner afin d’interpréter nos rôles naturellement. Et comme je l’ai dit aussi, j’ai eu envie de faire avec elle quelque chose que je ne pourrai jamais faire avec une autre personne. Ça dit énormément sur notre confiance mutuelle, humainement et artistiquement.
Les émotions que nous montrons dans cette vidéo sont naturelles, absolument pas préconçues, ni le résultat de répétitions.
Plus simplement, c’est grâce à cette confiance l’un envers l’autre que nous avons obtenu la prestation que vous avez vue sur votre écran. J’espère que vous l’avez ressenti.
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// La musique est, comme tu l’as dit, signée du groupe de rock anglais Daughter. Parle-nous de ce choix ?
zack-benitez-shym-tamara-marthe-daughter-medicine-musiqueC’est tout simplement une chanson magnifique que j’avais dans ma poche depuis 4 ans et que je n’ai jamais eu l’occasion d’utiliser.
Quand j’ai parlé de ce projet avec Tamara, on avait deux chansons en tête : deux chansons qui correspondaient à deux histoires différentes de ma vie. Nous avons décidé de choisir celle qui correspondait le plus à l’impact qu’on voulait pour ce projet. « Medicine » est celle qui nous faisait, pour l’un et l’autre, sentir le plus ce rapprochement et c’est pour ça que je l’ai choisie.
Cette chanson parle d’une chose très importante : ce côté très peu connu de la maladie qu’est l’addiction et je crois vraiment que nous sommes dans une période où on accepte l’addiction comme une maladie, une vraie maladie. Et ça, c’est un progrès énorme.
Je crois aussi que c’est encore acceptable et très facile de juger une personne amoureuse ou attachée d’une manière ou d’une autre à une personne qui souffre de cette maladie.
Pour moi les paroles de cette chanson nous donnent une perspective d’empathie sur ce que vivent ces gens tous les jours. Cette chanson est très importante et j’espère que son essence est traduisible dans toutes les langues. C’est une conversation que nous devons avoir.

// Quelles ont été pour toi les principales difficultés de ce projet ?
Il y en a eu quelques-unes !
La difficulté entre préserver mon expérience et l’exposer. La façon de montrer une artiste si connue mais à la fois si inconnue en tant qu’individu, tout en gardant quelque chose pour elle, pour moi et pour nous. Je n’ai eu aucune difficulté sur mon process de création mais la difficulté était ces approximations d’expression entre lesquelles je devais naviguer… l’exposition d’un projet très intime.

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Le réalisateur Charles Baldassarra (à gauche)

// Si tu ne devais garder qu’un seul souvenir de ce projet, lequel serait-ce ?
Ce sera certainement la collaboration totale et la complicité entre tous les artistes qui nous ont donné leur temps et leur talent.
Je connaissais déjà très bien Tamara et Priscilla ainsi que notre maquilleuse Elia Weppe qui m’avait accompagné sur « Adam et Ève », mon premier projet à Paris. Mais c’est cette relation avec notre réalisateur Charles Baldassarra qui est une des plus belles histoires de ce projet.
On se connaissait très peu avant mais avec ce projet entre potes, entre amis, on a cultivé une amitié que je n’aurais jamais imaginée avec quelqu’un d’autre dans ce type de circonstances. Et c’est ma relation avec lui qui me donne envie de continuer et d’aller plus loin dans ce projet de vidéos. Sa confiance en moi me pousse vers l’avant, me donne envie de toujours faire plus, mieux…

Cette amitié a été sublimée par cette expérience et quand je regarde en arrière, et avec tout ce qui se passe maintenant avec cette vidéo, c’est ce qui me rend content.
Mes relations avec les artistes qui ont collaboré sur ce projet sont très fortes, et la relation qui s’est développée avec Charles pendant ce même moment est devenue la plus sacrée. Il était déjà un ami, maintenant il est un confident pour la vie.

// Shy’m évolue dans un univers bien à elle. Elle ne cesse d’étonner par ses choix. Elle transmet l’image positive d’une femme qui sait exactement là où elle veut aller. Quelques mots sur elle ?
Je ne peux pas parler pour elle, ce n’est pas mon objectif.
La personne derrière le pseudo Shy’m que je connais comme Tamara est quelqu’un d’aussi intéressant et aussi complexe. C’est ce que j’ai voulu montrer au reste du monde.
Nous avons pris la décision d’utiliser son vrai nom (dans le générique) car c’est un projet qui correspond à la personne, mais pas vraiment au personnage.
Shy’m est quelqu’un de disponible pour tout le monde mais j’aime bien imaginer Tamara comme quelqu’un qui me correspond. Entre les deux, je crois qu’on a trouvé une bonne relation entre sa musique et son talent pour exprimer et raconter des histoires très particulières et émouvantes
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// Pour finir, peux-tu nous parler de tes projets ?
J’ai plusieurs projets qui arrivent, entre la France et les US.
Celui dont je peux parler est la continuation de cette collaboration entre artistes sur des courts-métrages de danse. Et il y a plusieurs artistes que vous connaissez qui vont participer à ces vidéos !
Et j’ai hâte de vous les faire découvrir !

 

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