Mes rencontres

MA SOIRÉE AVEC ARNAUD DUCRET… RÉCIT D’UNE RENCONTRE

12 juillet 2015

Arnaud Ducret aux Dayconnades à Quimper. Je ne connaissais pas bien le bonhomme. Je n’avais vu aucun de ses sketchs, aucun de ses films, ni la série « Parents mode d’emploi » sur France 2 dans laquelle il joue Gaby, père quadra de trois enfants. D’Arnaud Ducret, je ne connaissais que ses apparitions dans « Vendredi tout est permis », l’émission d’Arthur sur TF1.

Je l’avais vu, vite fait, il y a environ un an et demi à Paris, lors du tournage d’une émission télé aux Folies Bergères ; une spéciale « Les Inconnus » animée par Alessandra Sublet. Un ami m’avait fait entrer dans les coulisses de la prod. J’ avais vu Arnaud parmi d’autres, toujours à se marrer.

Il passait donc à Quimper. Et je voulais le rencontrer. Parce que comme je l’ai écrit il n’y a pas longtemps, l’improbabilité des rencontres, c’est ça qui me motive. Et puis, on ne va pas se mentir, ce métier, la comédie, m’attire comme un aimant.

Seulement, pas facile d’avoir un contact. Un contact direct je veux dire. Twitter a été une fois encore magique. Un message. Deux messages. Des messages. On allait se voir.

arnaud-ducret-delphine-jory-ladyblogue

Du coup, j’ai commencé à me renseigner un peu plus sur l’artiste. Interviews, comptes réseaux sociaux… et je dois dire que j’ai été très surprise de l’engouement qu’Arnaud provoque autour de lui. Je ne m’attendais pas à autant de notoriété. Je ne sais d’ailleurs pas si j’aurais eu le culot de le contacter comme je l’ai fait, si j’avais eu cette donnée en tête.

Samedi.

arnaud-ducret-delphine-jory (1)Il doit arriver vers 15h à Quimper-Pluguffan et commencer ses répètes vers 18h. J’attends au village des Dayconnades où mes « Mum pas vrai ! » sont diffusés. J’attends et je commence à entendre du bruit dans la salle de spectacle. J’ouvre une des grosses portes et je l’entends au micro. Je m’approche doucement. Mon badge « Festival Média » devrait me protéger d’un éventuel « Qu’est-ce que vous faites là ? ». Au lieu de ça, je croise un technicien qui me lance « La prod n’aime pas tellement qu’on vienne aux répétitions ». Je lui souris bêtement, comme si je n’avais pas pigé (Ya vol !!), et je continue à avancer. Je passe ma tête derrière le rideau noir sur le côté. Arnaud Ducret est sur scène, 4-5 personnes à la régie. Je sais bien que certains artistes n’aiment pas être zieutés pendant leurs répétitions, alors je me fais toute petite, une petite souris, qui commence son « travail de scan »…

arnaud-ducret-delphine-jory (3)Sur scène, je vois un grand mec, aussi speed qu’un sportif. Comme électrifié. Il n’arrête pas, autant verbalement que physiquement. Il fait son spectacle en méga-giga-accéléré. « Et là, je fais blablabla… après, je viens là… clac-clac, blablabla… et puis blablabla… et hop lumières !» A droite, à gauche, il parle à une vitesse « sagantesque » (gné ?), il bouge comme s’il était déjà en représentation. Et quand il y a quelque chose qui ne lui va pas, il s’arrête net, en fait part à son équipe, toujours avec un « Excusez-moi mais ça serait mieux comme ça, non ? Merci les gars ! ».

C’est une répète mêlée de perfectionnisme (« On peut avoir du gaffer noir mat pour masquer les trucs brillants en bas du paravent ? Sinon ça fait kermesse, les mecs »), de pétage de plomb (danse improvisée sur « Le loup, le renard et la belette »… merci, j’ai ri) et d’un soupçon de stress. Stress palpable, volonté que tout soit exactement comme il l’a imaginé – certainement un milliard de fois – dans sa tête. Il a chaud, il transpire, il est même essoufflé « faudrait que je me remette au sport, moi ! ».

Les répètes sont terminées. On se retrouve quelques minutes plus tard dans le hall du parc des expos. Il discute avec untel et untel, s’approche et me fait la bise « C’est toi qui voulais me voir, non ? Sur twitter ? ». Ca y est Arnaud, t’as pigé. « Tu as une liste de questions, c’est ça ? ». En fait, non Arnaud, t’as rien pigé. Je suis tout sauf ça. Tout sauf une liste de questions justement. Pas que je n’en ai pas, mais impossible de les poser comme ça, les unes à la suite des autres, comme un interrogatoire. Je sais pas faire. Moi ce n’est pas ça. Moi j’ai besoin d’observer, beaucoup, j’ai besoin de voir et de sentir celle ou celui qui est en face de moi. Je suis curieuse de l’humain avant d’être curieuse de l’artiste. Arnaud m’avouera plus tard qu’il a un peu peur de ça… Il file se préparer pour son show et me dit « A tout à l’heure ». Ok, on se verra donc après.

À cet instant précis, je me souviens avoir espérer qu’Arnaud soit un mec sympathique, et pas un gros con avec un gros melon, un malpoli. On croise les doigts.

Spectacle. Les gens arrivent. Des vieux, des moyens vieux, des moyens jeunes, des jeunes, des gamins. De tout.

arnaud-ducret-dayconnades-quimperArnaud apparaît sur scène et on sent direct dans les applaudissements et dans les sourires l’incroyable amour du public. Il déroule ses sketchs et ses personnages et je suis assez bluffée par son jeu qui ne ressemble à celui d’aucun autre humoriste, bluffée par sa capacité à se transformer, à grimacer. A l’inverse de toute la salle, je n’accroche pas tellement sur le fameux personnage de Maître Li, mais j’adhère à 100% au chorégraphe hystérique du centre de gériatrie qui fait danser ses octogénaires avec des déambulateurs, à Sylvie et son Jack Rabbit, au médecin à la braguette frénétique. Je ris de bon cœur toute la soirée, les gimmicks de Ducret et ses talents de bruiteur ajoutent le petit truc en plus. Je découvre un Ducret qui fait le pitre et ça lui va bien ! Je sens un mec libre sur scène. Les répétitions m’ont montré quelques heures avant que tout tout tout est contrôlé et pourtant Arnaud est dans un lâcher prise total. Contrôle et lâcher prise… Duo (d)étonnant… Ça m’impressionne et m’interroge. Je comprends un peu mieux mon attirance pour ce milieu.

Contrôle et lâcher prise…

Le spectacle se termine, applaudissements encore et encore. Il salue la foule, le visage lumineux, mais fatigué, comme sonné après un combat.

Le temps d’une douche, il rejoints le hall d’entrée où ses fans l’attendent. Et là, j’hallucine. C’est la queue. Pendant presque une heure, il va enchaîner les photos. Une personne, la pause, un sourire, clic-clac, une photo… Une personne, la pause, un sourire, clic-clac, une photo… Une personne, la pause, un sourire, clic-clac, une photo… A la chaîne… Ça m’a tellement fait bizarre que je n’ai pris aucune photo de nous deux de toute la soirée…

Avant, il y avait la magie de l’autographe, l’artiste demandait le prénom, quelques mots étaient échangés pendant la gribouille, on se regardait dans les yeux… mais ça, comme dirait l’autre, c’était avant. Aujourd’hui, c’est selfie !! Au lieu de se regarder dans les yeux, on regarde l’objectif. Attention, photo ! On prend la pose, on sourit bien comme il faut, et hop, on s’empresse de regarder le résultat – au lieu de son idole – pour voir si la photo est bien, pas floue, publiable sur les réseaux.

C’est l’heure de partir. Il me croise.
« Tu fais quoi là ? »
« Je ne sais pas, et toi ? »
« On va aller manger. Viens avec nous ! »
« Ok, j’arrive. »

Direction centre-ville de Quimper, rue Saint-Mathieu. Restau avec l’équipe des Dayconnades et les artistes du tremplin des Daycouvertes. Arnaud est dans un coin de la salle, calé entre les organisateurs du festival et son papa venu le voir de Vannes.

Je dîne notamment en compagnie d’Omar Meftah et de Thomas Angelvy. Suivez de près ces deux jeunes humoristes. Ils ont tous les deux un truc qui me fait dire qu’on va bientôt entendre parler d’eux. Et en plus d’avoir du talent, ce sont de vrais gentils.

Fin du dîner. « On va en boîte ? » Oh nan… merde… pas ça… Pas en boîte… Suis pas fan… plus fan… ou alors faudrait me laisser les commandes des platines et limiter l’entrée à une trentaine de personnes (et là, je vous mets la ouache !).

Je ne suis pas emballée du tout, mais la bonne ambiance de la troupe, le bon esprit de ce premier festival quimpérois m’oblige à continuer avec eux. Je me dis que sinon je vais le regretter.

Direction les Naïades. Boîte, jolie piscine, mais la musique est pour moi d’un autre temps. C’est là qu’on voit les différences de générations. Pas que j’écoute des vieux nanars, mais disons que je préférerais écouter un bon funk, un bon Prince, un bon Ed Sheeran, un bon Christine and The Queens, un bon Blues Brothers, un bon Bob, un bon Tito Puente… plutôt que cette musique. D’un autre temps, je vous dis…

Je vous parle d’un temps que les moins de 25 ans doivent super bien connaîtreuuu….

« Tu veux boire quelque chose ? » Voilà qu’Arnaud m’offre un mojito (au passage les Naïades, votre accueil est top, votre piscine est jolie, mais sincèrement votre mojito n’est pas bon du tout…). Il repart aussi vite qu’il est apparu (Arnaud, pas le mojito). Ce mec ne tient pas en place. Toujours à bouger… et toujours alpaguer par X personnes. Pas simple de le capter deux minutes.

Un homme très gentil me drague depuis le début de la soirée, un homme très gentil mais trop insistant. Quand on dit non les garçons, et ce plusieurs fois de suite, cherchez pas… c’est que c’est non… Je suis prête à partir. Comme une impression de n’être pas à ma place. Arnaud arrive droit vers moi en souriant et me demande à l’oreille « Tu as besoin d’être sauvée ? ».

Yep. J’ai besoin. Je ne sais pas trop de quoi exactement. De ce garçon gentil mais insistant, de ce mojito au goût d’eau chaude, de cette musique qui me fait passer pour un autre siècle, de cette sensation d’être là où je ne devrais pas. Arnaud m’embarque, on va s’asseoir plus loin. On commence à discuter. Mes oreilles n’en peuvent plus d’essayer de former des phrases avec des bribes de mots détectés entre deux boums-boums de pseudo-musique. « Ça t’embête si on va dehors ? »

Nous voilà près de la piscine, au calme. Arnaud me pose des questions, qui je suis, ce que je fais, blablabla. Le mot « blogueuse » sort.
« Ça veut dire que tout ce que je vais te dire ce soir se retrouvera sur ton blog ? »
« Non, pas du tout. C’est un truc qui te fait peur, ça ? »
« Ouais carrément !. »
Je le rassure, et il sent bien que je sais faire la différence entre un off qui peut se publier et un off qui doit rester privé.

Je vis/fais cela depuis des années à travers Ladyblogue. Je dis, je montre énormément de choses. Et je tais, je cache énormément de choses. C’est obligé. Cette frontière-là est nécessaire et doit être respectée. Je l’exige pour moi-même, je l’applique pour les autres. Et de toutes les personnalités que j’ai rencontrées (de Matthieu Chédid à Vincent Delerm, en passant par Grand Corps Malade, Nikos Aliagas et les autres) toutes ont eu la gentillesse de me faire confiance.

À partir de là, la soirée continuera ensemble.

Nous parlerons de pas mal de choses dans ce petit jardin des Naïades aux airs de club Marmara (private joke). J’aurais aimé lui parler davantage de « Mum Pas Vrai ! », de mes envies, toussa, pour avoir son avis… mais ma putain de pudeur, de retenue lorsqu’il s’agit de parler de moi, de mes aspirations m’ont encore une fois laissée trop muette sur le sujet….

Arnaud ne tient pas en place, veut bouger, filer ailleurs. Quand il dit avoir été un enfant hyperactif, croyez-moi, il ne ment pas ! Direction une autre boîte, le Majestic. On est quatre à aller là-bas. Je n’y avais jamais mis les pieds. C’était blindé. Niveau musique, du même acabit que les Naïades, c’est donc moi qui suis tombée dans la case « T’es plus faite pour aller en boîte ma vieille ! ».

Là, je vois un Arnaud gamin. Je vois bien qu’il est heureux qu’on le reconnaisse, qu’il est heureux de se faufiler dans cette foule, heureux qu’on l’arrête toutes les minutes – « Hey mec ! C’est cool ce que tu fais », « Oh lala lala, je t’adoore trooooppp !!! ». Arnaud capte tout le monde, gars et filles confondus.

Il aime cette notoriété pour laquelle il a tant bossé. Son attitude envers le public, toujours lumineuse, jamais hautaine, en dit long. Arnaud a galéré pour en arriver là. Aujourd’hui, il savoure, il écoute les compliments, il commande des magnums de champ’, il sourit toujours. On sent une vraie fierté. Je me souviens d’une question d’un journaliste « Scène, télé, cinéma… , vous n’avez pas peur que l’on vous voit trop partout ? ». Sa réponse avait été d’une évidence désarmante : “J’ai travaillé pour être partout. Maintenant que j’y suis, je vais tout faire pour y rester.”

Il a raison.

Mickael Jackson me sort de mes pensées. Et d’une, il m’est impossible de ne pas danser sur du Mickael Jackson et de deux, pour une fois que la boîte passe une chanson que je connais (et que j’aime), faut pas déconner, poussez-vous tous, la piste est à moi ! Arnaud me suit direct et nous voilà, tous les deux en train de nous éclater sur Billie Jean et sur Say, say, say On danse, on chante, on se marre. J’adore ce moment.

Billie Jean is not my lover
She’s just a girl who claims that I am the one
But the kid is not my son
She says I am the one, but the kid is not my son

What can I do, girl
To get through to you
Cause I love you baby
Standing here
Baptized in all my tears
Baby through the years
You know Im crying
Oo oo oo oo oo

La soirée continuera encore quelques heures. De la musique, des discussions, des rires.

Je regarde une dernière fois ce grand mec, cette pile électrique, ce boute-en-train, ce fêtard, ce perfectionniste, ce vrai gentil. Arnaud fait partie de ces Hommes qui veulent un peu plus d’amour que les autres. Ça se sent à chacun de ses sourires. Il est évident qu’il vit pour cela, qu’il fait ce métier pour cela. Pour être aimé du plus grand nombre.

Et forcément, ceux qui me connaissent savent qu’une personne comme moi ne peut que comprendre cet incroyable et  insatiable désir adoré.

Arnaud, je t’embrasse.

 

[divider]RETROUVEZ-MOI SUR

Commentaires

You Might Also Like

No Comments

Leave a Reply