FILM DE PROMOTION TOURISTIQUE : QUELQUES CONSEILS

27 avril 2015

Le premier festival du film touristique vient de s’achever à Concarneau. Un week-end bien chargé où, faisant partie du jury, j’ai visionné 58 films venant des quatre coins de la France, des films d’offices de tourisme, des films de comités régionaux, des films de villes… plus de 3 heures de projection samedi après-midi.

Après avoir visionné tous les films sélectionnés, j’avoue avoir été étonnée par le côté lisse (trop lisse), le côté attendu (trop attendu) des films.

Aujourd’hui, je vais vous dire, chers professionnels du tourisme, ce qui, d’après moi, cloche dans votre communication et ce que vous devez arrêter de faire.


>> PLUS C’EST LONG… ET BIEN POUR UNE FOIS, PLUS C’EST MAUVAIS…

Pour une fois l’adage « Plus c’est long, plus c’est bon » ne marche pas. Il ne s’applique pas aux vidéos de promotion touristique. Au-delà de 3 minutes, j’ai sanctionné les candidats. Alors, c’est sûr, vous, quand vous travaillez, quand vous validez la chose, vous créez certainement une réunion de travail dans une salle bien au chaud et vous regardez la vidéo sur grand écran à l’aide d’un vidéo projecteur.
squelette-devant-pcDonc 1/ vous venez spécifiquement pour regarder la vidéo (VOTRE vidéo), votre attention est donc déjà gagnée. 3, 6, 12 minutes, pour vous, pas de problème. 2/ Vous regardez la vidéo certainement sur grand écran, sans souci de connexion, sans souci de bruit environnant. Pour l’internaute, c’est tout l’inverse. 99% des personnes qui la verront la regarderont sur Youtube ou autre plateformes vidéos. Et surtout, ils la regarderont sur leur ordinateur, sur leur tablette et de plus en plus sur leur mobile. Alors, faites court ! Je sais que ce n’est pas simple, quand je monte ma websérie « Mumpasvrai« , je galère aussi, mais c’est une contrainte à respecter. Une vidéo de promotion touristique de plus de 3 minutes n’est pas adaptée au digital. Faire une vidéo de plus de 3 minutes, c’est juste se tirer une balle dans le pied, voir dans la tête.

voyage-a-nantesAprès, il y a des exceptions. Ben, oui, sinon, ce ne serait pas drôle. Un des films qui a remporté le prix du jury dépasse les 3 minutes. Voyage à Nantes fait 5’13. Oui, mais alors késako ? Ce film déchiiiiiiiirre ! Il nous embarque tellement dans UNE histoire (pas une accumulation d’images sans queue ni tête – ceci est une expression – comme beaucoup) qu’avec lui, le temps passe vite. Très vite. Et au final on n’a pas du tout l’impression qu’il dure autant de temps. (Je kiffe ce film, je kiffe ce film, je kiffe ce film.)

chambre-des-revesEt puis, il y a ceux qui travaillent leur film comme un court-métrage. C’est le cas du film de Saint-Omer (26 minutes), « La chambre des rêves », qui a été présenté hors compétition. Avec le comédien Benoît Allemane (qui est entre autres la voix française de Morgan Freeman), le duo les virtuoses, le film est efficace, très bien pensé. Et, important, un film très fédérateur pour les habitants. Je vous invite à le découvrir.

>> VÉLO, RANDO, GOLF, HUÎTRES… PFFFF…

Le dessous chics, c’est ne rien dévoiler du tout… comme disait Gainsbourg. Tout voir est bien moins excitant que la suggestion, c’est bien connu. Et ben là, j’ai envie de dire que pour le film de promotion touristique, c’est pareil. Arrêter de vouloir tout dire, tout montrer. Trop de tout tue tout tout tout !!! 80% des films nous ont fait leur petite accumulation d’images toutes similaires les unes aux autres.
je-dis-stop-300x272On a vu ainsi 856 VTT, 87 mecs tapant dans une balle de golf, 86 paires de chaussures de randonnées, 33 couples bouffant des huîtres en bord de mer, 238 kayaks… Bref, on pourrait mettre des images de l’un dans le film de l’autre, personne ne verrait la moindre différence. Au final, qu’est-ce que l’on retient de vous ? Ben… que vous êtes comme votre voisin.
Et là, connaissant un peu comment ça marche par expérience, je tape sur les politiques qui sont souvent à la base de cet effet millefeuille. Ces politiques qui veulent se mettre bien avec tout le monde, pour pouvoir être réélu la fois d’après, et qui demandent souvent aux professionnels du tourisme de montrer ceci, cela et encore ceci ou encore cela. Et bien non. Gros point rouge. Vouloir trop faire plaisir à tout le monde, sans penser à vous, et voilà que votre personnalité est complètement gommée. Comme dans la vraie vie quoi.

>> DE BELLES IMAGES NE SUFFISENT PLUS

ladyblogue-instagramBeaucoup d’entre vous pensent que les belles images, ça marche ! Et pour vous, belles images veut apparemment dire « drones ». Sur les 58 films visionnés samedi, je peux vous dire qu’on en a bouffé du drone. Bouffé, bouffé, bouffé, jusqu’à en avoir une indigestion générale côté jury. Combien de plans partant des pavés et remontant jusqu’aux clochers de vieilles églises, combien d’images de côtes de sables fins et de bateaux vus du ciel… je vous le dis : on en pouvait plus ! Trop de drones tuent la note.
Le drone est un outil, pas une finalité. Si le drone a un sens dans la vidéo, oui. Si c’est juste parce que c’est « tendance », oubliez. Notez aussi que le côté « tendance » du drone n’est valable que si il est bien utilisé. Sinon, c’est juste fatiguant voire ridicule. Et même si oui, c’est indéniable, ça donne souvent de jolies images, de jolis paysages : les jolies images ne suffisent pas.
A l’heure des réseaux sociaux, où les (belles) images sont devenues le quotidien de tous, partout, tout le temps, où Instagram, Pinterest nous balancent des belles images à chaque seconde, où grâce à des centaines de filtres, chacun peut à partir d’une photo « standard » faire une sublime photo, où la Go Pro est de plus utilisée par le tout un chacun, chers amis professionnels du tourisme, je vous le crie bien fort : les belles images ne suffisent plus. On en a déjà plein, de superbes et ce au quotidien. On attend beaucoup beaucoup plus de vous.

>> LES MUSIQUES D’ASCENSEUR… C’EST POUR LES ASCENSEURS

asenseurLa bande son… tout une histoire. Je me demande comment vous choisissez vos musiques… et où vous les choisissez… Jamendo ? Musique » « libres » : pourquoi pas. Je ne dis pas, y’a des bons trucs sur Jamendo. Mais une musique doit coller avec vos images, avec votre film. Quand vous regardez un film d’Indiana Jones, vous n’avez pas une musique de Télétubbies derrière. Quand vous regardez un film avec Jean-Louis Trintignant, vous n’avez pas du Rammstein en musique de fond… Vous voyez le truc ? Et si vous ne trouvez pas sur des plateformes de musiques libres, et bien faites appel à un musicos. Une ligne à rajouter dans votre budget, certes, mais indispensable.

>> FAIRE JOLI…

Plans, cadrage, traitement photographique, effets, montage, choix de la typo du texte quand il y en a sur l’image… pensez un peu graphisme que diable ! Certaines vidéos font penser à des diaporamas Power Point. Rédhibitoire.

>> DU SENS, DU SENS, TOUJOURS DU SENS

donner-du-sensDonnez du sens à votre film, du sens, du sens, du sens ! Ça parait évident mais apparemment d’après ce que j’ai vu ce week-end, ça ne l’est pas. Que voulez-vous nous raconter ? Que voulez-vous nous dire ? On a vu plus haut que vous ne pouvez pas défendre votre différence sur les activités sportives, le patrimoine culturel, bla bla bla. Pour vous différencier, vous devez nous raconter autre chose. Et pour arriver à cette étape-là, vous devez passer par la case « Qui suis-je ? ».
Vous ne saurez quel message faire passer uniquement lorsque vous vous aurez posé cette question. Et pas avant.
« Qui je suis vraiment ? Quelle est MON identité ? » Avoir un terrain de golf, des sentiers pour faire du VTT ou une église classée n’est pas une identité.
Qui êtes-vous ? Une fois que vous aurez trouvé, vous trouverez le message. Et une fois que vous aurez le message, vous trouverez les images, la musique, toussa toussa. Vous aurez votre histoire.
Ensuite, racontez-la nous. Je dis bien « racontez-la nous », je ne dis pas « montrez-la nous ». Les 3 films qui ont été plébiscités ce week-end, lors de ce premier festival du film touristique, sont des films qui nous racontent tous quelque chose, des histoires, avec un vrai scénario, des films qui partagent, qui montrent de l’humain, une ambiance, des films qui offrent des émotions. Les trois films gagnants sont ceux que j’ai le mieux noté, sont ceux où j’ai mis entre 45-50/50 lorsque j’ai mis 05/50 pour certains…

 

Noyés dans une abondance d’informations et d’images, les internautes sont devenus exigeants. Ils sont de plus en plus pointus dans leur demande et difficiles – on doit l’admettre – à surprendre et à satisfaire. La communication digitale offre des possibilités créatives incroyables et les marques l’ont bien compris. À vous, professionnels du tourisme, de vous y mettre. Vous devrez inexorablement y passer. Vous n’avez pas le choix.

 

Regardez les vidéos des gagnants de cette première édition du festival du film touristique à Concarneau :

> Prix du jury, catégorie Promotion touristique régionale > Languedoc-Roussillon Cinéma
(NB : la vidéo ci-dessous est la version longue. Le candidat avait fourni pour la compétition une version courte de 3’12, version que je n’ai pas.)

> Prix du jury, catégorie Promotion touristique locale > Voyage à Nantes

> Prix du public, les 2 catégories confondues > Office de tourisme de l’île de Noirmoutier 

 

 

« Everybody » (version FR) from levoyageanantes on Vimeo.


Je tiens à dire que j’ai été très heureuse de faire partie du jury pour ce premier festival à Concarneau. Depuis plus de 10 ans de blog, je l’ai dit de nombreuses fois, je suis fière de Ma Bretagne, fière de ma région et donc fière d’avoir participé à cette nouvelle aventure lancée par la ville et l’office de tourisme.

Merci à toute l’équipe du festival, et tout particulièrement à François Besombes, adjoint à la communication et à la vie économique à Concarneau ; Brigitte Boutet, chargée de communication ; Véronique Jeannès, directrice de l’Office de Tourisme de Concarneau et un grand bravo à Benjamin Beaumont, chargé de mission pour le festival, qui s’est démené comme un fou pour mener à bien cette première édition.

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