CHLOE ET LES AUTRES

21 avril 2015

Chloé. Un crime bouleversant. Écœurant. Une histoire qui a fait le tour de la presse et des réseaux sociaux. Le chagrin et la colère en fil rouge. La photo de cette petite fille de 9 ans, l’âge de ma fille, le sourire aux lèvres, les cheveux tirés et décorés.

Un directeur d’école, en Isère, mis en examen pour viols aggravés, agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans, et acquisition et détention d’images pédopornographiques. Un nombre insensé de plaintes et de gamins écorchés.

Un enfant de 11 ans qui se suicide par pendaison après avoir écrit dans son cahier de texte : « ma vie pourritte ».

On se retrouve à avoir peur.
Tout le temps.
Ne pas laisser sa gamine aller chercher toute seule le pain, alors que la boulangerie est à peine à 2 minutes à pied. Ne pas être tranquille quand il y a des sorties d’école, des courses d’orientation, des classes de mer. Amener son gamin voir un psy dès qu’il tartine ses Cracottes curieusement.

On ne peut pas porter toute la misère du monde dans sa tête, c’est certain. Il n’y a certainement pas plus de drames aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Mais la propagation des informations est plus forte. L’information vient à nous plus vite et en force. Ces informations qui creusent tel de l’acide.

Et on est là, à regarder s’enchaîner les histoires et les prénoms ensanglantés par la folie des Hommes. Aujourd’hui Chloé, hier Manon, avant-hier… comment s’appelait-elle d’ailleurs…? On ne sait même plus. On a oublié. Les prénoms s’entassent, comme des dossiers décolorés. On a oublié. On a oublié comme on oubliera certainement le prénom de Chloé. On a oublié comme on oubliera le prénom des prochains.

Le choc reste ce qu’il est : un choc. Une émotion soudaine, violente. A un instant présent.

Mais après ?

Que se passe-t-il après les marches blanches et  les roses déposées ? Après le statut Facebook écrasé par la photo du plat de spaghetti ou du selfie qui va bien ? Que se passe-t-il après nos révoltes passagères, nos phrases « Que fait la justice ? », « Comment peut-on ? », « Si c’était moi… » ?

Si c’était moi ? La fameuse ritournelle…

Moi, je ne suis ni flic, ni juge, ni politique. Je suis juste une femme qui aimerait faire partie d’un mouvement debout et décidé, je suis juste une maman qui ne supporte plus ces nouvelles, une maman qui vomit à chaque viol ou meurtre de nos enfants.

Je ne suis ni flic, ni juge, ni politique. Mais je fais partie de ce monde. Je fais ce monde, avec vous.

On ne peut rien tout seul mais on peut tout ensemble. Faire quoi, je ne sais pas. Changer les lois, imposer l’évidence, il doit bien y avoir un truc.

Ne pas continuer à oublier.

Si on ne fait rien aujourd’hui, y’a pas de raison qu’on le fasse demain, ce n’est pas vrai. Alors, on attend quoi ?

 

Demain demain nos coeurs encore à la traîne,
pour tracer leurs sillons sanglants,
un monde à nous à ce point ressemblant
toujours le même, toujours la haine,
demain demain les poches bien remplies
pour le bonheur dis-moi c’est combien,
Demain demain c’est le progrès je te dis,
le monde va mal mais moi je vais bien,
Demain demain on fera mieux c’est promis,
Plus gros les canons visons plus loin,
le nouveau genre c’est le genre inhumain
à qui la mort ira si bien.

(« Les lendemains qui déchantent », Zazie »)

[divider]RETROUVEZ-MOI SUR

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