LE MOJO A LE POUVOIR DE L’IMAGINAIRE (BILLET POUR OUEST-FRANCE -> VERSION VIDÉO-AUDIO)

2 mars 2015

Le texte, écrit pour Ouest-France, est juste là :

R

La femme sort d’un taxi. Elle traverse la rue en courant, elle se croit en retard. Elle passe devant lui sans le voir. Il gare son scooter, retire son casque. En une fraction de seconde, il respire son parfum oriental et observe ses poignets. Il sait.

L’homme est en face d’elle. Il survole son iPad à la table d’un café. Il commande un thé vert au serveur noir et blanc ; elle le regarde discrètement. Elle se courbe, elle plie et replie ses jambes. En une fraction de seconde, elle sait.

Le mojo.

Il y a quelque chose de charnel, de l’ordre de l’épiderme, du geste, du souffle du corps. Selon comme il ondule, selon comme il se cambre. De l’ordre de la respiration et du soulèvement du torse.

Tout se dessine ici, en plein centre. Au tréfonds.

Le mojo ne s’apprend pas, le mojo est ou n’est pas.

Il n’a rien à voir avec la beauté ni avec la perfection. Surtout pas. Il a d’autres données, bien plus viscérales et clandestines.

Il nous prend sans crier gare, délicieusement. Il nous cueille sur un trottoir, dans un train ou dans une file d’attente. Le mojo n’a pas de lieux, le mojo est un souffle renversant qui surgit dont on ne sait où. Il a le pouvoir de nous ébouriffer, de nous emporter au vent des malices, de nous croquer les pensées en rouge vif.

Le mojo a le pouvoir de l’imaginaire…

Une chevelure qui épouse une nuque, une barbe impolie qui aimante, un port de tête pharaonien qui interroge… un geste alangui, un déroulé rêveur, un rythme silencieux.

Le mojo nous promène de la délicatesse à la brutalité, du désir à l’obsession. Il est cette contradiction folle qui nous enfièvre.

Il est comme vivant, telle une chimère invisible, un loup dont on aimerait tant être la proie.

Le mojo se lit sur les lèvres, se goûte sur la peau et se bouffe dans l’éclair blanc d’une fusion fatale, trop courte pour rassasier notre curiosité carnassière.

Le mojo.

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