Mes rencontres Théâtre de Cornouaille

MA RENCONTRE AVEC MONSIEUR FRANÇOIS MOREL

11 novembre 2014

François Morel.

Le mec de Palace, le mec des Deschiens, le mec acteur pour le cinéma (46 films si j’ai bien compté), le mec acteur pour la télé, le mec réalisateur de court-métrages, le mec du théâtre (une vingtaine de pièces/spectacles), le mec écrivain (une dizaine de bouquins), le mec compositeur (notamment pour Juliette, Maurane, Gréco…), le mec aux billets d’humeur géniaux sur France Inter, le mec capable d’incarner le directeur de la fromagerie Morel et monsieur Jourdain de Molière…

François Morel. L’homme à tout faire. Un couteau-suisse.

françois-morel-ladyblogue-quimper (1)Samedi soir, j’ai plongé dans un bout de sa tête en allant voir « La fin du monde est pour dimanche« .

Un one-man show qui n’en est pas un, tellement il est atypique, tellement il est travaillé au niveau de la mise en scène.
« La fin du monde est pour dimanche » est un vrai spectacle, autant pour les oreilles que pour les yeux. Les textes magiques de François Morel sont magnifiquement sublimés par les « tableaux » scéniques, poétiques et touchants, de Benjamin Guillard, le metteur en scène.

Pendant une heure et demie, François Morel jongle en enchaînant une galerie de personnages à la fois drôles et graves. Nous rions dramatiquement. Nous réfléchissons avec légèreté. Toujours avec subtilité et poésie. On plonge parfois délicieusement dans l’absurde – notamment quand Morel nous raconte son histoire d’amour avec une huître) – ce qui nous rappelle avec délice les bons moments de Devos.

La vie qui passe… réduite par Morel, en peau de chagrin. Une vie devenue une minuscule petite semaine. A peine, on naît (on est) le lundi, que le temps du week-end et du repos arrive.

Mon visage porte un sourire tout au long du spectacle, un sourire parfois étincelant, parfois tragique, toujours émouvant.

A la fin, je n’ai aucun mot. Je sais que je vais rencontrer le monsieur, c’est prévu. Et je suis un peu en panique parce que contrairement à d’habitude où je sors de la salle en ayant mille questions à poser à l’artiste, ici, à la fin de « La fin du monde est pour dimanche », je suis devenue muette. Pas que je n’ai aucune question à poser, mais aucune ne me vient plus qu’une autre, le plein d’émotion prenant toute la place dans ma tête.

François Morel vient de me clouer le bec et le cœur. Je viens de tomber amoureuse.

Je ne m’y attendais pas, comme à chaque fois qu’on tomber amoureux du reste. Je pensais passer un « bon moment », un « très bon moment » même, mais j’étais loin de me douter que cet homme-là allait m’offrir un coup de foudre, comme ça, l’air de rien.

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Ma première question est de lui demander pourquoi il a voulu faire ce spectacle, pourquoi il a voulu nous offrir « ça comme ça ». Je ne m’attends pas à sa réponse : « J’aime tellement être sur scène, qu’il me faut me fournir des excuses d’y être« . Une pirouette. Parce l’artiste aurait pu parler de mille choses d’autres que de la vie, de la mort et du temps qui passe. « C’est vrai… peut-être que prenant de l’âge, je suis plus sensible sur le sujet. C’est vrai aussi que si je ne faisais pas ce métier, je serais plus obsédé par la mort« .

Il est évident pour moi qu’être sur scène offre l’inégalable cadeau de se sentir un peu plus vivant…

François Morel boit son Perrier tranquillement. Deux représentations dans la même journée, il est fatigué.

Nous échangeons sur ses billets d’humeur pour France Inter, et même si l’exercice se rejoint, je me sens évidemment minuscule lorsque nous abordons mes billets d’humeur pour Ouest-France. Et je me sens terriblement maladroite lorsque qu’il me demande si je suis comédienne et que je lui parle de mes sketches « Mum pas Vrai ! ».

C’est difficile pour moi de parler de ce que je fais. Encore plus devant un homme qui vient de me donner une leçon d’écriture, une leçon scénique, une leçon d’humanité, une leçon de poésie. En plein doute.

« Il faut toujours douter. Toujours ».

Mais alors où est la ligne ? Toujours douter, oui, mais où est la limite, la porte entre le doute et le pas en avant ?

« Il faut toujours douter, mais il faut tout de même être joueur« , me confiera-t-il l’œil malicieux.

François Morel me dit « douter toujours » et, paradoxalement, il  me dit aussi que ce soir, il s’était trompé d’horaires, qu’il pensait jouer à 20h30 et non à 20h00. A 19h55, il était toujours assis sur son canapé à lire, tranquille, quand on lui a annoncé qu’il rentrait en scène dans 5 minutes. Aucun coup de stress, dans 5 minutes, pas de souci. Le doute et le trac sont-ils dissociables ? C’est la question qui me vient en l’écoutant.

La rencontre dure. Elle est le prolongement fidèle d’un moment magique.

Je finis par lui dire que, ce soir, j’ai compris que j’avais rencontré le fameux inconnu du pont d’Asnières.

Son visage est surpris.

« Vous le connaissez celui-là ? »

« Oui, je l’adore. »

« C’est un de mes préférés… Et c’est le préféré de ma femme aussi… »

La soirée se termine. L’inconnu du pont d’Asnières se lève, je l’embrasse fort, comme pour qu’il sente que cette rencontre n’a été ni inutile, ni dérisoire.

Monsieur Morel, merci, et à mon tour, je vous souhaite un magnifique week-end.

 

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