Mes rencontres Théâtre de Cornouaille

MA RENCONTRE AVEC CAMÉLIA JORDANA EN « MIMI », SPECTACLE COMPLÈTEMENT BARRÉ

20 novembre 2014

ladyblogue-camelia-joardana-delphine-jory-quimper (8)Je ne sais pas si j’ai déjà vu un spectacle aussi barré que « Mimi, scènes de la vie de bohème » mis en scène par Guillaume Vincent.

Lui et Frédéric Verrières, son acolyte pour la musique, sont deux hommes complètement à la masse.

Et vous savez quoi ?

Ça fait bizarre, ça étonne, ça surprend, ça déstabilise, ça fait ouvrir des yeux tout ronds et froncer les sourcils, mais que ça fait du bien !

« Librement inspiré de La bohème de Giacomo Puccini », qu’ils marquent sur le papier de présentation. Tout est dans le « librement inspiré« …

« La bohème » vue avec les yeux et le cerveau de guillaume Vincent est un opéra-spectacle fracassant.

ladyblogue-camelia-joardana-delphine-jory-quimper (7)Tout commence par le décor, chargé. Atypique. Très travaillé, même si on a l’impression d’un fourre-tout complet. Quatre jours pour le monter et tout caler. Des dizaines de matelas au sol, une carlingue de vieille bagnole, une lampe veilleuse en forme de nounous Haribo, une enseigne de bar Kronenbourg, un porte-voix, un sofa avec des plaids de loups on ne peut plus kitchs, un magnifique rideau en voile brodé séparant la scène théâtrale de la scène de l’orchestre… Une multitude de détails, d’objets qui a priori n’ont rien à faire ensemble. On se croirait presque dans une brocante ou chez Emmaüs.

Et puis arrive le spectacle, les chanteurs, les musiciens, la musique.

Quatre femmes ouvrent le premier tableau. Quatre femmes différentes. Quatre références à Puccini. Quatre femmes qui, au cours du spectacle, deviendront une multitude d’autres. « La Bohème » de Guillaume Vincent est un hymne à la femme. À toutes les femmes. Chacune ayant le droit à l’amour, chacune méritant l’amour.
Les fortes comme les faibles, les vieilles comme les fillettes, les voilées comme les libres. Camélia Jordana se déshabille et s’affiche seins nus, la bohème se balade alors entre les mains des Femen, puis dans celles des Pussy Riot, et puis la bohème prend des airs de burqua, de petites filles, de femmes françaises, asiatiques… Toutes les femmes je vous dis.

Le premier acte est déstabilisant. Vincent et sa troupe nous plongent dans l’excessif, et j’avoue ne pas vraiment savoir ou je suis.

La suite me cueille en plein vol. C’est de la folie à tous les niveaux. Des guitares électriques, la scène d’une boite de nuit, une allemande qui hurle son désir de champagne, la blague d’un mec qui se masturbe devant un film porno, un plug anal, un tee-shirt anus, une conversation sur la politique Merkel, un débrief sur le spectacle-même de la bohème de Puccini (inception totale), une fille qui chante Lasciate Mi Cantare…. Je ne sais pas à quoi marche Guillaume Vincent mais j’aime me dire que ce mec à oser faire ça. J’imagine qu’il y a plein de personnes qui l’ont pris – et le prennent encore – pour un taré fou d’avoir eu l’idée d’adapter Puccini de cette façon-là et j’aime l’idée qu’il se soit dit « ok c’est fou, mais je veux faire ça ». Et j’aime me dire qu’il a été jusqu’au bout.

Pas mal de monde a les yeux et les oreilles sur Camélia Jordana. Mais si vous allez voir ce spectacle pour elle, pour l’entendre chanter, vous serez déçus. Camélia chante, oui, un peu, mais je ne reconnais pas ici la voix qui la caractérise tant, celle qui moi me charme.

Ses partenaires – Pauline Courtin, Judith Fa, Christophe Gay, Christian Helmer et Caroline Rose – méritent indéniablement que l’on s’attarde sur eux. Tous sont jeunes et tous remplissent parfaitement leur mission.  Je tiens à particulièrement à souligner la présence scénique, vocale et théâtral (le package) de celle que j’appelle « La blonde » pendant le spectacle.

ladyblogue-CAROLINE-ROSE-delphine-jory-quimper (2)La blonde, c’est Caroline Rose. Intriguée par cette fille et posant des questions sur elle, j’apprends qu’elle a été candidate à The Voice. Je suis d’abord très étonnée et la voyant de près, je la reconnais immédiatement. Je me souviens. Et l’étonnement part d’un coup. Cette fille à un truc. Sur scène, elle est incroyable.

Je ne savais pas qui j’allais rencontrer après le spectacle. Si même j’allais rencontrer quelqu’un. « Mimi, scènes de la vie de bohème » est une création et ce soir-là, c’était LA première. Une fois fini, j’imagine que La troupe Avait hâte de se retrouver ensemble pour fêter l’événement et faire part de leurs toutes premières impressions.

On me dit que je vais rencontrer Frédéric Verrières. Et puis l’homme est sollicité, discute, je ne suis pas pressée, pas de souci pour moi. On me présente à Camélia Jordana, elle accepte immédiatement la rencontre. Elle finit sa clope dehors, va se servir une coupe de champ’ et elle me rejoint, dans un petit coin à l’écart.

Je m’aperçois que Camélia Jordana est la première artiste féminine que je rencontre, que j’interview. Matthieu Chedid, Grand Corps Malade, Fauve, François Morel, Patrice Thibault, Nikos Aliagas, et les autres… que des mecs. Où sont les femmes ?!

Ce qui me frappe chez elle, avant même que nous ayons échange un mot, c’est sa bouche. Une bouche rouge dessinée au millimètre, ourlée, pulpeuse comme je pense n’en avoir jamais vue. Je ne sais pas si c’est le décor de Guillaume Vincent qui me reste ancré dans les pupilles, mais la bouche de Camélia me fait penser à un grand matelas moelleux.

Nous discutons de sa présence dans ce spectacle. Assez inattendue pour une « ex-Nouvelle Star »… elle m’explique que ce n’est pas, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le fait que sa maman soit elle-même chanteuse lyrique qui l’a amenée à participer à ce projet ; mais à son amitié inconditionnel pour Guillaume Vincent. Lors d’un RDV pour un autre sujet, Guillaume parle de « sa » bohème à Camélia et il tilte d’un coup « mais tu devrais passer les castings, tu pourrais faire Mimi ! ».

Camélia passe les castings et remporte « avec joie » le rôle. Vient alors un travail minutieux dont elle n’a pas l’habitude. Les partitions, des placements au millimètre, un travail lyrisme, d’opéra. Un vrai défi.

Mais Camélia ne fait pas les choses par défi, ce n’est pas son moteur. Elle, elle marche « aux papillons dans le ventre ». Faut le coup de cœur. Et oui, le projet de Guillaume est déjanté, mais elle aime, c’est un pote, ça le fait, elle adhère alors ok, banco, elle accepte, sans se poser de questions.

On parle ensuite musique, sa musique à elle. J’ai toujours été cash avec les gens, artistes ou non, je n’ai jamais raconté de sornettes pour leur faire juste plaisir et lorsque je confesse à Camélia que je n’ai jamais écouté son premier album, j’ai senti un premier réflexe de surprise, gommé tout de suite par un « mais ce n’est pas grave hein ! ».

Le deuxième album en revanche, j’ai écouté et aimé plusieurs titres. Je lui demande de me raconter « Ma gueule » qui pour moi est LE titre de l’album.

« Je ne parle pas de moi dans cette chanson. C’est un jour dans le métro, j’ai assisté à une scène hyper raciste. Un homme avec la misère sur lui est monté dans le wagon et est venu s’asseoir à côté de moi. Une femme est montée à son tour et pendant 4 stations à hurler sur ce mec, l’insultant de tous les noms. Ça a donné « Ma gueule ». »

Ma gueule. La voix de Camélia raye les conventions et nous impose son équilibre fragile. De quel côté allons-nous tomber ? Camélia qui n’aime particulièrement sa voix. « Je comprends qu’on puisse la détester » me lancera-t-elle en gigotant des mains.

Camélia et sa bouche rouge. J’ai du mal à décrocher. Je m’attarde quelques secondes sur ses traits marqués d’eye-liner, sur les 3 bagues dorées à la main droite, mais mes yeux ne décollent pas de sa bouche.

On se quitte en s’embrassant, en souriant. Camélia rejoint sa troupe.

J’ai découvert une Camélia Jordana multiple dans ses choix. Une fille qui découvre un nouvel univers et qui ne sait pas encore quelle est vraiment sa route. Mais à 22 ans, Camélia a le temps et toutes les armes en elle pour le trouver.

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