Mes rencontres Théâtre de Cornouaille

FRED PELLERIN : L’ERABLE CONTEUR

12 décembre 2013

Nouvelle soirée au Théâtre de Cornouaille dans le cadre de mon partenariat.

Cette fois-çi, c’est pour aller voir Fred Pellerin, conteur.

Je ne le connais pas, je ne sais pas qui c’est, je n’en ai même jamais entendu parler. Et comme d’habitude, je ne suis pas allée voir sur le net pour savoir. J’aime les surprises et j’aime être surprise. Je préfère laisser le moment m’emporter plutôt que de le devancer de quelque façon que ce soit. J’avais à peine regarder les vidéos que j’avais publiées sur l’event Facebook. Quand nous avons sélectionnés avec le Théâtre les spectacles auxquels j’allais assister, je vais être honnête, je n’avais pas demandé à voir celui-çi. Ca ne me disait rien. Et puis Aurélia et Loïc (de la com’ du théâtre) m’ont parlé de ce garçon d’une façon tellement jolie qu’il était évident, obligée que je le découvre. J’avais donc hâte de cette soirée.

Deux places à offrir cette fois-ci. Pas une de plus. C’était blindé.

Nicolas-Pellerin-Grand-Hurleurs-ladyblogueUne petite première partie, non prévue à la base avec Nicolas Pellerin et les Grands Hurleurs. Nicolas, frère de Fred Pellerin, et ses deux acolytes, Simon Marion et Simon Lepage, étaient dans le coin pour leur tournée. Fred leur a proposé de venir jouer sur scène, avant son spectacle. Et quelle bonne idée ! Groupe traditionnel du Québec mais avec un souffle rock qui modernise le style.
J’ai les mains qui bougent en rythme, les épaules suivent, les pieds aussi. Comme une envie de se mettre debout et de remuer tout le corps en entier. Je vous invite de regarder cette vidéo juste ici, et puis celle-ci et aussi celle-ci.

fred-pellerin-delphine-joty-ladyblogue (4)Et puis Fred Pellerin est arrivé.
Avec son visage de jeunot et ses petites lunettes rondes.
Un visage doux, d’enfant, qui force la sympathie.

Le conte débute.

Fred Pellerin nous plonge dans l’histoire du commencement du monde, nous parle de légendes racontées par sa grand-mère.

Un conteur.

C’était la première fois que j’allais voir « un conteur ». Je ne savais pas à quoi m’attendre. J’imaginais une personne qui « conte », qui « raconte », mais c’est tout. Rien de plus. Rien de moins.

Le début du spectacle m’a fait immédiatement penser à un livre d’enfant. Je m’imaginais très bien lire cette histoire à mes filles avant qu’elles ne s’endorment. Une histoire un peu à la Michel Ocelot, qui ressemble à une fable-morale, qui a comme fil rouge la beauté du monde, la tolérance et l’ouverture à l’autre. Fred Pellerin raconte et nos yeux deviennent aussi ronds que ses lunettes. Le silence dans la salle en dit long.

fred-Pellerin-Saint-Elie-de-Caxton-ladyblogueIl raconte l’histoire de son village, Saint-Elie-de-Caxton (Québec). Il raconte la vie de Méo le barbier, de Mme Gélina la pondeuse et de ses 473 enfants (mon Dieu !), de Solange, la jeune nonne et d’autres personnages aussi drôles et attachants les uns que les autres.

Drôles et attachants, oui. Parce que Fred Pellerin est terriblement drôle. Et ça je ne m’y attendais pas du tout. J’ai ri aux larmes toute la soirée, ses textes sont une succession de rires. Le public est hilare et moi avec.

Parce que Fred Pellerin est un sublime conteur, oui, mais est tellement plus que cela.

Le conte est son tronc ; l’humour, la poésie, la tendresse, la délicatesse, la générosité, la tristesse sont ses branches. Et au bout de ses branches, ses feuilles : les jeux de mots, le texte impeccable, la diction sans faille, le corps qui ne ment pas, le talent de musicien…

C’est ça.

Fred Pellerin est un arbre, l’arbre d’une forêt magique. De ces arbres que l’on retrouve dans les contes, dans les légendes. Ces arbres qui nous repeignent notre enfance, nous dessinent nos racines, qui éclairent nos joies et nos tristesses, les plus vraies.

Je me dis qu’il est incroyable que toutes ces émotions tiennent dans un seul corps en l’espace de 80 minutes. Et ce soir-là, je me demande comment, je me demande pourquoi je ne connaissais pas Fred Pellerin avant.

Conteur. Humoriste. Poète. Philosophe. Humaniste. Écrivain. Chanteur. Musicien. Acteur. Les ramifications sont multiples.

Le spectacle se termine, je me lève et j’applaudis non-stop. Je suis admirative de cet homme. Je sais que je vais le rencontrer en privé dans quelques minutes et j’ai du mal à savoir ce que je vais lui dire.

On vient me chercher au bar, Fred Pellerin m’attend dans les loges.

Bonjour/Bonjour, Fred a un énorme sourire. Ce mec respire la joie. C’est bon.

fred-pellerin-delphine-joty-ladyblogue (1)« Vous voulez une bière ? ». Je fais signe que non. « Allez, une p’tite bière avec moi ! ». OK. Une petite bière avec lui.

C’est difficile de dire à une personne qu’on aime qu’on l’aime (décidément… en ce moment, le sujet tourne en boucle dans ma tête…). Et c’est encore plus difficile de le dire à une personne qu’on ne connait pas, que l’on n’a jamais vue, que l’on voit pour la première fois. Et pourtant, bizarrement, je m’entends le lui dire. Je m’entends lui dire que ce soir, je suis tombée amoureuse de lui. Il me regarde avec ses grands yeux bleus pétillants et un grand  sourire mi-désarçonné mi-touché. Et puis il enchaîne, il parle, il parle avec cet accent terriblement agaçant dans la voix de Céline et terriblement attachant dans la sienne.

Il m’explique qu’il était à la base guide de son village, de Saint-Elie-de-Caxton, et qu’il racontait tellement bien qu’on lui a proposé de raconter à la bibliothèque. Et la bibliothèque est devenue petite salle de spectacle. Et la petite salle de spectacle est devenue grande salle. Très grande salle. Parce que je découvre que Fred Pellerin est une véritable star dans son pays. Les Québécois viennent par milliers (30 000 en 2009) visiter ce village pour découvrir où les personnages de Fred Pellerin « vivent ». Il y a mêmes des visites audio-guidées.

Mais pas facile d’être connu. Fred Pellerin ne court pas les tapis rouges, pas le genre et c’est embêtant « pour aller à l’épicerie ».

Je lui demande pourquoi on ne le voit pas plus en France, à la télé par exemple. La réponse est directe, immédiate : impossible de raconter à la télé, impossible de raconter à une caméra. Il ne peut pas. Il a besoin de sentir le public, de sentir l’échange. Sinon, il n’y arrive pas et puis ce n’est pas drôle. Même les répétitions se font en public. La création même de ses spectacles se fait en public, en petits comités.

Un arbre je vous dis.

Un arbre qui a besoin de sentir les vents des rires, le souffle des émotions, la sève de la personne qui l’écoute et le regarde.

fred-Pellerine-erable-ladyblogue-2Ce soir, j’ai aimé un arbre, un créateur d’oxygène, un érable, de la plus lointaine racine à sa plus haute feuille.

Et je vous le dis, ça fait un bien fou d’aimer un arbre. 

 

Si Fred Pellerin passe par chez vous, ne vous posez même pas la question, courrez prendre vos places.

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