Mes rencontres

MA RENCONTRE AVEC LE GROUPE FAUVE

14 novembre 2013

Fauve en concert au Vauban à Brest. Aller les voir s’impose à moi. Si vous avez lu l’interview que j’ai faite du groupe il y a quelques semaines, vous savez. Sinon, lisez, c’est par ici.

Fnac. Billet. Réservation. C’est bon.

Jeudi 7 novembre, 17h, direction Brest. J’ai rendez-vous avec le groupe à 18h30. La nuit tombe, le ciel rose est enflammé et hallucinant.

Je me gare et cherche l’entrée de la salle du Vauban. Ca fait plus de 17 ans que je vis à Quimper et je ne suis jamais allée dans cette salle apparemment mythique. Je pose la question. « L’accès de la salle se fait par le bar ». Et là, j’entends les premières notes. Le groupe est juste en dessous, en train de faire les balances.

Je descends les escaliers, ouvre les portes battantes noires, et atterri dans une salle obscure. Fauve est sur scène, quelques personnes – 5 ou 6 –  devant, techniciens, et peut-être amis.

groupe-fauve-live-ladyblogue-rencontre (2)Je suis contente d’assister aux balances. Quand on m’avait donné l’heure de RDV pour la rencontre avec le groupe, j’avais été un peu déçue qu’elle soit calée avant le concert. J’avais déjà interviewé Fauve et j’aurais voulu les « reinterviewer » une fois les avoir vu en live. C’était chose faite, presque.

Aucune lumière, la scène n’est éclairée que par un vidéo-projecteur qui envoie des vidéos sur un écran en fond de scène. Ca donne un coté assez intimiste, et surtout très graphique. J’aime. Les musicos balancent leur musique. Le chanteur se fait discret, jusqu’au moment où il attrape et s’enroule de son micro. Il devient alors une pile électrique, une sorte de soupape sur une cocotte-minute. Le nom de Fauve lui va comme un gant. Il est un animal, un lion en cage, toujours en mouvements. Il n’arrête pas de bouger de façon saccadée, il jette ses mots en même temps que son corps. Il y a une certaine douleur dans ses gestes, comme si les mots balancés sortaient avec difficulté et libération à la fois.

Entre deux titres, il descend de la scène pour rejoindre le technicien. Je me dirige vers lui et me présente. Il me regarde l’air emmerdé, du genre « qui t’es toi, qu’est-ce que tu fous là, je ne comprends pas ». Je le sens agressé. Je précise les choses. Il ne sait pas quoi me répondre, mets la main dans ses cheveux, encore et encore, jusqu’au moment où un des gars, le tourneur ?, l’éclaire. « Ah oui, oui, ok, je vois, oui, oui, pas de souci, on se voit après ». Il retourne sur scène. Je ne le sens pas. J’ai l’impression qu’il n’a pas envie de cette rencontre. Et moi, quand on n’a pas envie, ben je me dis qu’il ne faut pas faire. Y’a assez de raisons dans la vie pour se faire chier pour vouloir en rajouter. Je ne veux pas être un passage obligé qui emmerde. Je glisse ma pensée à celui que j’imagine être le tourneur. Non non, faut pas que je m’inquiète, ça se fera après les répèts. Je me demande alors comment va se passer la suite.

Je reste à regarder les balances. Je suis étonnée de leurs âges. Ils sont plus jeunes que je ne le pensais. Et puis cette voix… La voix du chanteur est là et bien là. Elle m’a donnée une gifle sur l’album, elle continue à me gifler en live. Je savoure d’être là, parmi les privilégiés, à découvrir avant les autres ce que le concert donnera.

Les lumières s’allument. On vient vers moi. Quatre membres du groupe sur les cinq présents sur scène viendront me rejoindre en interview. On décide de monter au bar, on s’installe à une table. Orangina, Breizh Cola, bières.

groupe-fauve-live-ladyblogue-rencontre (3) (Medium)Nous sommes cinq autour de la table, nous sommes tous détendus. Tous, sauf un. Le chanteur. Peut-être juste une impression, mais je le sens prêt à bondir. Pendant les 45 minutes de la rencontre, il réagit au quart de tour à mes questions, s’agace quand, dans le vif de la conversation, je lui coupe la parole. Je m’en amuse. Je me dis que c’est peut-être lui le mec maladroit, nerveux, égoïste et coléreux (Rub a dub). Je me dis que ce mec se protège à sa façon. Et je pense être plus proche de lui qu’il ne le pense. Il s’en serait aperçu avec du temps.

Je les relance sur l’histoire du collectif, sur Fauve Corp. « C’est un groupe à géométrie variable ». Il y a un noyau dur, ceux qui « font le groupe à plein temps » et puis, tous les autres, qui viennent quand ils veulent, qui apportent chacun une pierre à l’édifice, une idée créative – montage, vidéo, paroles, musique, web, réseaux sociaux, collaboration – ou juste un soutien. L’histoire de Fauve Corp est là. Un groupe de potes ouvert à d’autres potes, à d’autres rencontres. Rien n’est jamais fermé. L’idée me plait. Même si je reste assez dubitative quand on me dit que le chanteur du concert de ce soir, pourrait par exemple très bien être remplacé par un autre demain.
Moi, je viens voir Fauve pour sa musique, pour ses textes et pour la voix du mec. Si demain, il n’y a plus cette voix, cette émotion, cette décharge qui sort d’elle, Fauve pour moi sera amputée de quelque chose. Pour eux, c’est une logique. Pour moi, un pari difficile à tenir, voir complètement intenable.

Comme cette histoire d’anonymat. Le groupe souhaite rester anonyme. Je respecterai évidemment leur demande. J’ai « travaillé » la vidéo que j’ai postée sur Youtube pour éviter qu’on les reconnaisse (voir en fin de note), je ne posterai aucune photo de leurs visages de près, ni dévoilerai leurs prénoms. Le chanteur sera « le chanteur », le batteur sera « le batteur », le bassiste sera « le bassiste », etc. C’est même cohérent avec leur définition de leur groupe. Personne en avant, le collectif avant l’individuel. Mais, pareil, leur volonté va forcément être égratignée d’une part par une presse toujours friande de scoops et d’autre part, par leurs propres fans. Il suffit de surfer un peu sur les réseaux, sur Facebook, sur Instagram… pour voir les (bonnes) gueules du groupe. Et il suffit de deux-trois clics tout simples pour tomber sur les noms et prénoms de chacun des membres.
Ils ne resteront pas anonymes, ils ne le sont déjà plus, mais oui, on peut, on doit, – nous qui les croisons – respecter leur vœu  Ce ne sera plus une question d’anonymat mais une participation, un soutien à leur concept collectif.

groupe-fauve-live-ladyblogue-rencontre (7)Quand ils parlent de leur musique, on sent des gars complètement dans le doute. Une incertitude totale de leur talent. Ils sont là, ils sont Fauve, où plutôt, ils apprennent à être « Fauve ». Un discours d’apprentis, de stagiaires. Ils en sont conscients. Peut-être même trop à mes yeux. C’est ce que je me disais là, avec eux, en train de boire un verre ; mais que je comprendrais quelques minutes plus tard en regardant leur concert.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, le concert m’a plu, beaucoup plu même, mais j’ai été gênée par plusieurs choses. Choses résultant soit de leur jeunesse dans le métier, soit de leur jeunesse tout court. Dans les deux cas, leurs erreurs sont donc tout à fait pardonnables. D’abord, les titres enchaînés avec une rapidité désarmante, pas le temps de souffler, d’apprécier une fin de chanson, une dernière note, que voilà une autre qui déboule. Comme cette frustration que l’on ressent quand on écoute un bon titre à la radio et qu’il est salement coupé par la pub ou par la voix de l’animateur. Ca m’a fait pareil. L’album a cela d’enivrant qu’il nous laisse le temps d’entrer dans l’histoire, on monte avec les intros, on palpite petit à petit. Je n’ai pas retrouvé cela en live et ça m’a manqué.
Ensuite, et là je leur fous un bon coup de pied au cul, quand on me chante une chanson « forte », « chargée d’émotions » comme c’est le cas d’à peu près toutes celles de Fauve, difficile de vraiment rentrer dans le titre quand on voit une partie du groupe se marrer. Le chanteur chante et en arrière de scène, le guitariste et le bassiste papotent et se marrent entre eux. Et tous les membres du groupe l’ont fait à un moment donné. Et moi, ça me coupe tout. Comme si tu me faisais l’amour et que soudain tu t’écroulais de rire. Pareil. Ca casse un peu. Un peu beaucoup.

Mais à côté de ça, le concert est une bombe. On sent encore de la retenue, on sent bien entendu que le groupe est jeune, dans le sens où il a encore des tonnes de choses à roder, mais on sent que Fauve est une vraie pépite. Un vrai groupe en devenir. Le chanteur a une putain de voix, un putain de rythme (ouais, si j’enlève les « putain », c’est pas pareil…), les textes sont sublimes. Un peu plus de concerts, un peu plus de rodage, un peu plus d’attention, un peu plus de temps, et Fauve, dans quelques années, sera vraiment devenu « Fauve ».

Un grand coup de cœur pour le titre « Rub a dub » qui est vraiment une tuerie en live (une vraie surprise) et à « Jennyfer » (parolesvidéo), un titre que je ne connaissais pas, que j’ai découvert le soir du concert.

(Merci à vous 4, merci à H. et merci à Mathilde.)
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Commentaires

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1 Comment

  • Reply jacob 12 octobre 2015 at 23 h 41 min

    quelle chance, je suis fan, j’aimerai tellement assister à un de leur concert..
    par hasard saurais tu s’il existe un moyen de leurs écrire?

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